Interview de Solange pour Eirene sur les problématiques des femmes en tant que principal gagne-pain de leur ménage.

vendeuse de légumes
vendeuse de produits de première necessité

- Bonjour Solange, peux-tu te présenter brièvement ?
Je me nomme Solange Kanyamagana Gasanganirwa, je suis chargée de programme genre à Pole Institute et volontaire locale d’Eirene Suisse.

- En tant que chargée de programme genre, quelles sont, à ton avis, les problématiques principales auxquelles doivent faire face les femmes de la région ?
Les problématiques qui s’imposent à elles sont de plusieurs ordres. Elles doivent d’abord faire face à la culture qui les relègue au second plan, mineure à l’homme et chosifiée. Cet état des choses se répercute implicitement sur les autres domaines de la vie, tels que la politique et l’économie. En politique, les femmes de la région et de la RDC plus généralement n’ont que peu, pour ne pas dire pas, de pouvoir. Et cela que ce soit dans la famille, dans la société ou dans les institutions et instances de prises de décisions. Leur place est à la cuisine. A titre d’exemple, leur représentation dans les institutions de prises de décisions n’a jamais atteint les 10%. Malgré l’avancé des textes de lois, l’écart entre la pratique et les écrits reste énorme. Le pouvoir continue d’être presque entièrement entre les mains des hommes. Dans le domaine économique, les femmes sont les plus touchées par la pauvreté parce qu’elles n’accèdent pas aux ressources. Pourtant, dans le contexte actuel de manque d’emploi et de crise due aux guerres à répétition, elles sont devenues pourvoyeuses de ménage, un rôle traditionnellement réservé aux hommes. Cela signifie que ce sont elles qui, dans de nombreux cas, assurent la survie de leur famille grâce à leurs maigres moyens.

- Tu dis que les femmes ont du mal à accéder aux ressources, à quoi cela est-il du ? Le droit de propriété est-il différent ?
Les femmes partent sur des bases discriminatoires, raison pour laquelle elles ont plus de difficultés que les hommes à accéder aux ressources. Culturellement par exemple, une femme ne possède pas de terre. De même, il n’y a pas longtemps que la loi sur l’autorisation maritale a été abrogée. Avant 2014, une femme ne pouvait être engagée ou ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation écrite de son mari. La maternité, surtout les naissances nombreuses, et un partage inéquitable des tâches entre l’homme et la femme limitent également les chances de cette dernière d’accéder aux ressources. A cet égard, les femmes « gagne-petit » sont particulièrement vulnérables.

- Peux-tu nous parler davantage des femmes « gagne-petit » ? Qui sont-elles ?
Ce sont des femmes qui vendent des petits articles, surtout agricoles, le long des rues de la ville de Goma afin de subvenir aux besoins de leur famille, leur mari étant souvent sans emploi ou peu rémunéré. Ces femmes se nomment elles-mêmes « wenyi pato ndogo » en swahili, leur langue commune, ce qui se traduit en français par « gagne-petit ». Elles vendent avec un capitale variant entre 0 et 50$, mais la majorité d’entre-elles se trouve dans l’intervalle de 0 à 20$. Oubliées de tous, marginalisées, elles sont pourtant les piliers de leur famille et de la société.

- En quoi le fait qu’elles travaillent représente-il un enjeu ?
Leur travail répond à un impératif de survie mais beaucoup sont victimes de violences, et notamment de la méfiance de leur mari quand elles rentrent le soir. Cette méfiance est un mélange de jalousie, où elles sont soupçonnées de fréquenter d’autres hommes, et de peur de l’autonomie de la femme, qui signifie une perte de contrôle de l’époux. Cela se traduit souvent par des violences morales, parfois physiques. Travailler est donc un enjeu, car cela participe à leur épanouissement malgré les difficultés ainsi créées. Le fait de sortir de la maison est en soi très important puisque les femmes « gagne petit » recouvrent petit à petit leur autonomie économique et sociale. Produire des moyens, si minimes soient-ils, leur permet de satisfaire certains de leurs besoins sans devoir tout attendre de leur mari. La culture de la dépendance à l’homme, qui culturellement est pourvoyeur, disparait au fur et à mesure.

- Que fait Pole Institute à ce sujet ?
Pole Institute accompagne les femmes « gagne-petit » dans la quête de leur autonomie par l’augmentation de revenus, et joue un rôle de catalyseur pour l’exercice du leadership chez cette catégorie de femme. Dans son nouveau projet, Pole Institute veut encourager le dialogue dans la famille par des débats au sein des couples pour un équilibre dans leur relation, ainsi que favoriser le développement par la planification familiale.

- A ce jour, ce projet a-t-il porté ses fruits ?
Oui, dans le sens où les femmes qui ont été accompagnées ces dernières années ont gagné la construction de la dignité : elles parlent aux personnes d’autres classes sociales sans crainte, sans aucun complexe. Ces femmes qui, au départ, étaient pessimistes, croient en l’avenir. Elles ont également pu constituer un capital d’affaire qui leur a permis de sortir de la dépendance d’autres femmes plus nanties et ont amélioré les conditions de vie de leur famille. Certaines ont pu abandonner la vente dans la rue pour vendre en lieu plus sur. De plus, l’on constate une certaine fierté des femmes à prendre en charge la scolarité de leurs enfants et à participer au coté de leur mari à la réalisation d’un grand projet, tel que la construction d’une maison, l’achat d’une parcelle ou de gros bétails. Cela participe à leur épanouissement personnel et familial.

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