Le mois d’août à l’université des Grandes Vacances

Le mois d’août à l’université des Grandes Vacances

Penser les révoltes constructrices, repenser l’indépendance de la République Démocratique du Congo et promouvoir la responsabilité citoyenne des jeunes. C’est autour de ces trois grands thèmes de réflexion que l’Université des Grandes Vacances a consacré ses quatre séances de formation du mois d’août 2015.

Pour introduire ces trois axes de réflexion et de débat, le professeur Kä Mana a prononcé une grande conférence sur « La construction sociale de la réalité et le système de l’imaginaire comme base pour changer les sociétés en crise. » L’essentiel de cette conférence d’ouverture des travaux consistait à montrer comment les communautés humaines sont les fruits d’un travail de représentation d’elles- mêmes à travers des rêves, des visions et des utopies qui leur fournissent des normes et des orientations d’action pour devenir ce qu’elles veulent être. Elles ne sont pas des données immuables, elles se construisent et se développent selon des processus complexes que les imaginaires génèrent, forgent et produisent. Les sociétés en crise comme le sont actuellement les sociétés africaines devraient savoir qu’elles se construisent elles-mêmes comme sociétés de crise et qu’elles peuvent faire les choix de juguler leur situation par une nouvelle construction imaginaire de la réalité, dans une volonté nouvelle dont l’éducation est le secret. Aucune crise n’est insurmontable et aucune issue à la crise ne se décide d’avance. Si on s’enferme dans l’imaginaire de crise, on se construit comme un être de crise. On devrait plutôt se construire comme un être d’utopie et d’action de changement pour casser les ressorts de l’accommodement à la crise. C’est à cette dynamique de nouvelle construction utopique de soi dans tous les domaines décisifs pour l’avenir que les jeunes sont appelés aujourd’hui, surtout au Congo où l’imaginaire de crise doit être vaincu par une nouvelle représentation de soi et une nouvelle volonté de changement dans des actions de révoltes constructrices et de responsabilité citoyenne.

Suite à cette conférence d’introduction, les participants à l’Université des Grandes Vacances ont plongé dans l’étude du livre de Pole Institute sur Les Révoltes constructrices, spécialement sur les trois grandes constructions dont dépend le changement social : la construction d’une conscience nouvelle pour échapper aux pesanteurs du statu quo, la construction d’une alternative qui propose des issues à la crise et la construction d’un pouvoir pour agir et changer l’ordre des choses. Les révoltes constructrices sont celles qui vont dans ce sens novateur, pour casser avec une vision pessimiste de la réalité sociale et refuser de réduire le changement à une simple dynamique d’opposition politique. C’est le jeune Justin Bahati qui a animé cette réflexion et l’a conduite vers des préoccupations concrètes concernant la question des mouvements des jeunes dans la ville de Goma, particulièrement l’action du mouvement Lucha dont les actions sont très médiatisées actuellement pendant que certains de ses membres sont soient en prison soit poursuivis par les services de sécurité de l’Etat. Comment faire pour que ces actions créent des dynamiques de changement autour d’une nouvelle conscience, d’une alternative crédible et d’un pouvoir fertile ? Les débats sur cette question ont été au cœur de toutes les sessions de l’UGV au cours du mois d’août. Ils ont abouti à la constitution d’une grande plateforme de réflexion et d’action sous forme d’un réseau des associations des jeunes capables de discuter ensemble des stratégies pour changer le Congo au-delà des révoltes de pure opposition, au profit d’une volonté d’agir comme force de construction positive. C’est au cœur d’une telle vision que les mouvements comme la Lucha peuvent s’affirmer en comptant sur le soutien d’une plateforme plus vaste de la jeunesse congolaise à Goma comme partout au Congo aujourd’hui.

Selon cette perspective, l’idée de responsabilité citoyenne devient capitale pour changer l’image du Congo et des Congolais à l’intérieur du pays comme dans le monde entier, en comptant sur une nouvelle construction sociale de l’idée de notre société et sur un imaginaire nouveau de créativité chez les jeunes : savoir parler positivement du pays, savoir agir positivement à l’échelle où l’on a le pouvoir de changer soi-même les réalités et savoir promouvoir de grands rêves d’alternative à l’échelle globale de la transformation profonde et positive de notre pays.

Un domaine a été choisi pour tester la fécondité de toutes ces idées : réfléchir sur l’indépendance du Congo, avec comme livre-guide la publication de Pole Institute : Repenser l’indépendance 50 ans après. Sous la conduite des jeunes Serge Sivya, Eric Kambale et Clémentine Fahamu, les jeunes ont lu les principaux textes de ce livre et en ont débattu les idées essentielles dans la perspective de saisir concrètement ce que doit signifier pour eux être indépendant pour la RDC maintenant. Cette perspective concrète a été ouverte comme l’exigence de construire une société de développement : développement politique, développement économique, développement culturel, développement éthique.

Tout a débouché sur l’impératif de repenser le système éducatif du pays, surtout l’enseignement universitaire qui s’effondre peu à peu dans la désorganisation, la crise de l’intelligence et le triomphe des antivaleurs de toutes sortes. L’ouvrage du professeur Kä Mana : Pour une université alternative en République Démocratique du Congo (Pole Institute, 2015), a servi de base de débat, sous la conduite du jeune Jacob Sabuni.

Une autre activité de l’UGV pendant le mois d’août : la célébration de la journée internationale de la paix. A cette occasion, les jeunes ont organisé une fête pour féliciter ceux d’entre eux qui ont fini leurs études de licence ou de graduat. Ils ont aussi profité de cette occasion pour admirer les tableaux d’un d’entre eux, Jungle, un peintre de grand talent dont l’univers imaginaire est fait de réalisme tragique et de brillances d’espoir pour le Congo. Les tableaux de Jungle seront exposés dans le jardin de Pole Institute tout au long du mois de septembre, dernière étape de l’université des Grandes Vacances.

Kä Mana

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question permet de s'assurer que vous êtes un utilisateur humain et non un logiciel automatisé de pollupostage (spam).
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.

Abonnement aux Newsletters

Abonnez-vous avec votre adresse E-mail pour être averti des nouveaux articles publiés.

Go to top