Une magnifique colonie des vacances pour les jeunes

Une magnifique colonie des vacances pour les jeunes
Du 17 au 20 août 2015, Kivu Séjour, un groupe des jeunes partenaires de Pole Institute, a organisé une colonie des vacances sur le thème : « S’épanouir dans la diversité. » Cette colonie était la deuxième du genre après celle de 2014. Elle a réuni une vingtaine d’encadreurs et une cinquantaine d’élèves issus des clubs éducatifs mis en place par Kivu Séjour dans des écoles secondaires de Goma. L’équipe pédagogique de Pole Institute, composée de Jean-Pierre Lindiro Kabirigi, Godefroid Kä Mana et Solange Gasanganirwa, a animé la colonie des Vacances, autour de trois axes de réflexion et de débat :
- l’axe du leadership africain comme chemin d’une nouvelle vision politique dans l’Afrique actuelle :
- l’axe de la gestion des conflits pour construire une société de relations d’épanouissement dans la diversité ;
- et l’axe de l’éducation à la dynamique du Genre comme nouvelle vision de vie sociale aujourd’hui.
C’est le professeur Kä Mana qui a pris en charge la journée de réflexion consacrée au leadership africain. Il a centré l’attention sur deux dimensions de ce que ce leadersphip n’est pas : ni un pouvoir pyramidal qui écrase, ni une dictature d’aliénation propre aux petits chefs fabriqués par des systèmes néocoloniaux de destruction de la société africaine. Il s’agit plutôt d’une dynamique communautaire fondée sur les valeurs les plus profondes de la société africaine depuis ses sources pharaoniques de la Maât (Vérité-Justice-Droiture) jusqu’aux quêtes actuelles de l’authenticité africaine solidaire (le bissoïsme), en passant par les grandes sociétés initiatiques où s’enseignait l’Ubuntu, l’humanité africaine des êtres-forces, chemin d’émergence de l’homme digne de considération. C’est-à-dire des personnalités de Grande Ecoute, de Grande Vision, de Grand Parler et de Grand Agir, pour reprendre des catégories de Hampate Ba.
Jean-Pierre Kabirigi Lindiro, coordinateur de Pole Institute a consacré la séance qu’il a animée au problème de la prévention, de la gestion, du règlement, de la résolution et de la transformation des conflits, en vue de construire une société d’épanouissement dans la diversité. Sur la base du fait que le conflit fait partie intégrante de la vie et qu’il est nécessaire de l’aborder comme une réalité inhérente à la vie humaine, le formateur a cherché à montrer aux jeunes comment analyser cette réalité dans ses cause, dans ses enjeux et dans ses effets pour pouvoir empêcher qu’elle dégénère en violences destructrices et en identités meurtrières, comme c’est le cas dans les affrontements interethniques et les guerres tribales au sein de nos sociétés au Congo. Cela exige une éducation sérieuse sur les mécanismes à mettre en place, les méthodes à déployer et les outils à maîtriser pour mettre fin aux conflits, qu’il s’agisse des conflits de religion, de voisinage, de sexe, de frontières, de culture, d’identité ou des valeurs de vie. Dans une approche fondée sur quelques exemples de conflits vécus par les jeunes eux-mêmes, le coordinateur de Pole Institute a montré comment le problème de fond pour sortir des conflits est de transformer les énergies négatives de destruction en énergies positives de construction. On le fait par les négociations, par la recherche des intérêts communs, par les processus de réconciliation, par la gestion des mémoires meurtrie et par l’éducation à l’empathie dans les relations humaines.
Solange Gasanganirwa a parlé aux jeunes du Genre et de ses enjeux dans la société. Elle a avant tout insisté sur ce dont il est question lorsqu’il s’agit du Genre avant de se concentrer sur les relations hommes-femmes comme champ de manifestation des conflits en Afrique aujourd’hui. A ses yeux, le Genre désigne toutes les situations d’inégalités, de déséquilibres, d’injustices et de disproportions où une catégorie de personnes s’arroge le droit de dominer et d’écraser les autres. La relation homme-femme est le lieu le plus visible d’incarnation de cette situation, surtout quand la femme est réduite à des constructions sociales qui la dévalorisent et l’infériorisent. Dans l’Afrique actuelle, on a tendance à croire que cette dévalorisation et cette infériorisation sont inhérentes aux cultures africaines traditionnelles et à leurs atavismes qui s’auto-régénèrent dans des visions de la masculité dominatrice propre à la race des Seigneurs que sont les hommes tandis que les femmes appartiennent à une caste dominée depuis des millénaires. Il faut casser avec cette fausse vision de l’Afrique et revisiter l’histoire africaine sous l’angle de la dignité et du pouvoir réel des femmes au sein de nos sociétés. Ces sociétés, la colonisation et la modernité occidentale en ont cassé les ressorts profonds et la substance de vraies valeurs vitales. Par rapport à cette modernité, une tradition africaine de la féminité créatrice et responsable devra être découverte et enseignée aux jeunes, afin qu’ils sortent des mirages de la falsification des traditions africaines et comprennent le limon de l’humanité africaine dans la construction de l’avenir. Dans cette perspective, la question du Genre dans les relations hommes-femmes ne sera pas une simple manière de copier les combats du féminisme des femmes occidentales et de faire des femmes africaines des perroquets et de moutons de Panurge qui singent ce qui se fait ailleurs sans s’interroger sur ce qu’il faut pour vivre dans la dignité, dans la responsabilité et dans une relation harmonieuse avec les hommes délestés de leur masculinité toxique dont la source est moins l’Afrique d’antan que l’esprit de petits potentats fabriqués par la culture coloniale : la culture dont les expressions les plus types sont « Oui, mon Commandant », « Oui, chef », « Oui, Père Supérieur », « Oui, Excellence ». Aujourd’hui, il est bon d’analyser ce que la colonisation a fait de l’Afrique pour poser avec lucidité la question du Genre dans les relations hommes-femmes. On pourra alors faire la part des choses pour déceler ce qu’elle a semé comme graines d’avenir et ce qu’elle a détruit dans la vision réelle de l’humanité africaine. L’avenir est à ce prix et les jeunes devraient le savoir en vue de créer les valeurs de l’avenir pour les relations entre l’homme et la femme en Afrique. En vérité, les jeunes, face à leur futur, doivent sortir du manichéisme Tradition africaine mauvaise et Modernité occidentale immaculée. Le Genre exige discernement, invention et innovation, avec ce que nos traditions et la culture moderne ont de valorisant pour l’être humain. La civilisation du Genre est encore à inventer sur cette base.
Sur les trois axes de la formation donnée par Kä Mana, Kabirigi et Gasanganirwa, les discussions ont été fécondes et les débats très vifs. Il n’a pas été facile de faire bouger chez les jeunes les stéréotypes sur le pouvoir africain souvent vu comme le pouvoir du Caïman à qui appartient tout le marigot ou du mâle indéboulonnable dans les prérogatives de sa masculinité indomptable face aux féminités soumises et poreuses à toutes les dominations possibles : politiques, économiques, culturelles, sexuelles ou magico-religieuses. L’important n’a pas été de changer les préjugés dans l’imaginaire des jeunes, mais de montrer qu’un autre imaginaire est possible, surtout dans le champ des conflits ethniques qui configurent les identités meurtrières dans le Kivu aujourd’hui. Il faut sortir l’esprit des l’enfermement tribalo-ethnique mortel pour penser et vivre en termes de Congo uni et de mondialisation solidaire.
Au cours de la séance de clôture de la colonie des vacances, les témoignages des jeunes ont été édifiants : ils ont reconnu la fécondité de la formation reçue, la force du souffle des remises en question auxquelles ils ont été soumis et surtout une nouvelle perspective de la connaissance de l’Afrique et de ses valeurs comme suc pour leur être et leur avenir.
Kä Mana

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