Elections en RDC : à quoi sont-elles la réponse ?

Depuis la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre le dernier jour de décembre 2016, les élections en RDC sont sur toutes les lèvres, ou presque. Les capitales du monde globalisé en parlent, elles figurent à l’ordre du jour des réunions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies ; elles causent des insomnies à la Mission des Nations Unies en RD Congo, la MONUSCO, dont la candidature à l’appui logistique a été invalidée avant même celle de certains cadors de l’opposition à la présidence ;  elles occupent les conversations des coiffeurs, des vendeurs de carburant à la sauvette si pittoresquement nommés Kadhafis ; elles alimentent les bouches affamées des chômeurs qui espèrent d’elles enfin l’avènement d’un nouveau règne qui leur apportera autre chose à se mettre sous la dent que l’air frais du soir. Bref, les élections en RDC sont devenues des stars.

Les élections et leurs grades

En RDC, l’exercice électoral plus ou moins ouvert a commencé à être une réalité en 2006. Auparavant le vaste pays endormi au cœur de l’Afrique ronronnait au gré des élections factices organisées par le Maréchal Mobutu dont le long règne (1965-1997) a été balayé par une bourrasque partie de l’Est de ce qui s’appelait alors Zaïre ; à cette période des « Zaïrois dans la paix retrouvée » succédera une autre tumultueuse, marquée par des guerres et des conflits violents ayant plongé le pays dans un état de fragmentation dont il aura de la peine à se remettre. Au niveau central, le pays retrouva une accalmie globale et son unité géographique grâce à une laborieuse médiation étrangère et essentiellement africaine. Dans la foulée des bonnes nouvelles une nouvelle Constitution fut écrite, adoptée et promulguée, après un Referendum populaire sans que la plupart des Congolaises et des Congolais l’aient préalablement lu, pour plusieurs raisons que je n’invoquerai pas ici. Le Referendum avait été résumé lapidairement en un choix entre la Paix (le oui) et la guerre (le non). Le oui l’emporta, évidemment. Après le referendum, les Congolais furent convoqués ensuite pour élire leur Président, leurs députés nationaux et provinciaux en 2006. Les députés provinciaux choisirent à leur tour les sénateurs et les gouvernements provinciaux, avec à leur tête, les puissants Gouverneurs de Province, alias « GouPro ». Le processus s’arrêta là ; les élections locales, municipales et urbaines, pourtant mentionnées sur la carte d’électeur (très précieuse, elle tient aussi lieu de carte nationale d’identité !) furent renvoyées à…  plus tard. Elles n’eurent pas lieu.
Les cinq ans de mandat des élus s’écoulèrent avec la rapidité d’un torrent des régions tropicales après une grosse pluie. La Commission électorale nationale, appelée aussi indépendante, la CENI, s’attela à organiser un nouveau cycle de scrutins, alors que le précédent était inachevé. Entre-temps, la CENI avait changé de Président, le prêtre catholique, M. l’Abbé Apollinaire Malumalu Muholungu, avait laissé son fauteuil à un Pasteur protestant, Ngoy Mulunda. Après un scrutin marqué par des cafouillages indescriptibles, furent élus le Président de la République et les députés nationaux.   L’élection des députés provinciaux, bien que marquée sur la carte d’électeur, rejoignit les locales, les municipales et les urbaines dans la cage des élections à organiser...  plus tard. Elles ne furent jamais organisées. La non-tenue des élections provinciales eut comme conséquence politique de plonger dans l’illégitimité populaire le Sénat et son président, qui est la deuxième personnalité de la République ainsi que les Assemblées provinciales, desquelles émanent les puissants GouPro et leurs gouvernements.  Commençait alors une longue période de « bonus », que les politiciens congolais nommèrent « glissement ».  En 2016, le glissement rattrapa le Chef de l’Etat lui-même et le Parlement dont émanait le Gouvernement central. Personne, apparemment, n’avait vu passer les cinq ans de la nouvelle législature. Ni la majorité présidentielle, qui avait tout à gagner dans le « glissement », ni l’opposition, dont la stratégie est restée pour moi une énigme jusqu’à ce jour. Pour sauver les meubles, la Constitution fut mise sous le placard, et une série de marchandages politiques et de coups bas permirent la mise en place ou la continuité des institutions, en attendant la tenue effective des élections en décembre 2018.
Avec cette logique de tenue des élections en fonction de leurs grades, qui consiste à bâtir la gouvernance par la toiture, la perspective d’une gestion véritablement décentralisée, telle que mentionnée dans la Constitution, pourrait continuer à s’éloigner. Et rien n’assure qu’après la tenue simultanée des trois scrutins le 23 décembre 2018 celle des « petites » élections sera assurée. Dans le débat houleux autour de la machine à voter, certaines voix proposent que cet outil controversé soit utilisé lors de la présidentielle, et que les autres se fassent par le bulletin papier. Ce qui pourrait conduire à n’organiser que la présidentielle, en remettant les autres aux calendes… congolaises.

 Les élections, pour quoi faire ?

Ainsi posée, ma question pourrait paraître une provocation. Mais loin de moi l’idée d’ajouter une énième provocation à toutes celles qui circulent en RDC. De manière générale, une élection, en politique, est un exercice à travers lequel le peuple donne ou renouvelle sa confiance à ses dirigeants, ou, comme c’est souvent le cas, les sanctionne en la leur retirant. Le bulletin de vote constitue donc un outil de pouvoir entre les mains des citoyens afin de s’assurer que leur bien (l’Etat, le Pays, la Nation) est entre de « bonnes mains » ; il le sort à des échéances aussi régulières que les saisons culturales qui règlementent sa vie de paysan ou les fins des mois des salariés lorsqu’ils sont régulièrement payés.
Qu’en est-il au Congo ?
Selon un tropisme hérité de la colonisation, où le Roi régnait et cristallisait tous les fantasmes à partir de la lointaine Belgique, les élections sont généralement réduites, rétrécies à la seule désignation du Président de la République. Il n’y a qu’à voir toutes les énergies investies par l’opposition pendant la période qui a culminé avec la désignation du dauphin de Joseph Kabila, le 8 octobre 2018. Il n’y a qu’à écouter les ténors de la majorité présidentielle entonner des antiennes à la gloire du Chef sur tous les tons et en toutes circonstances. L’on croirait que c’est la seule qui vaille, le reste relevant du cosmétique démocratique.
Et pourtant, les autres élections valent bien quelque chose, et elles m’intéressent autant, sinon plus, que celle qui ne va porter au pouvoir qu’une seule personne, pour quelques années dans la solitude du pouvoir suprême.
la suite de cette publication est une contribution du regards croisés n°37

contribution de Onesphore Sematumba

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