Exactions des FDLR à l’est de la RDC : les voix des victimes congolaises

Fdlr, Interahamwe, Rud et autres : des métastases d’un même cancer

Les victimes rencontrées ont de la peine à différencier les différentes factions des FDLR, qu’ils considèrent comme des métastases d’un même cancer. En général, les éléments FDLR sont perçus à travers leur appartenance ethnique, « les Hutu », et par leur langue, le kinyarwanda. « C’était la nuit du 13 au 14 septembre 2001 vers 1 heure du matin, raconte Mzee Mvanamirihyo, 63 ans. Ils nous ont tous amenés au terrain de football. – Qui vous a amenés ? - Les Hutu ! - Comment savez-vous que c’était des Hutus ? – D’abord leur façon de parler ; leur langue, leur ton n’est pas comme celui des Congolais. Même s’ils parlent kiswahili, je saurai directement qu’ils ne sont pas Congolais. » (Ngweshe, Territoire de Walungu, Sud Kivu). Et lorsqu’on demande à Madame Patience M’Makusudi, 51 ans, ce qu’elle a comme attente, elle réplique : « En tant que habitant de Walungu, je souhaite qu’on chasse les Hutu, qu’ils rentrent chez eux ! » Au Nord Kivu, les critères sont plus subtils, à cause de la présence des Hutu congolais. «  La preuve est que toute cette forêt est occupée par des FDLR, en plus ce sont des gens que nous connaissons très bien. Quand ils s’expriment, nous savons la différence entre leur kinyarwanda et notre kinyarwanda du Congo », explique Jean de Dieu Habimana, 38 ans, rencontré à Kisharu (Nord Kivu). Il distingue également plusieurs groupes qui opèrent dans la forêt de Murembwe : « Il y a presque 5 groupes dans cette forêt. Les FDLR sont commandés par un certain Gaheza et Soki. Les Maï Maï sont sous contrôle de Justin et Complet et le dernier groupe est celui de Gadi, un Rwandais Tutsi venu de l’Ouganda. » Le chef de la localité de Nyamilima, Thadée Izironi dit Ami des Jeunes, 54 ans, est plus précis quant à l’organisation des FDLR dans le groupement de Binza, mis en coupe réglée par une faction dite de Soki :
 « Il n’y a pas moyen de douter car ils sont connus (les FDLR). Dans la forêt de Kinyabusisire, il y a des groupes dirigés par :

1)      Colonel Soki : c’est le Commandant Brigade du secteur Kiseguro et Katwiguru (téléphone +243 812084941)
2)      Major Kasongo, second du colonel Soki (téléphone (+243 8538198240)
3)      Colonel Kaheza, Commandant Brigade de l’axe Kisharu
4)      Major Gédéon, second de Kaheza
5)      Colonel Gadi, c’est un Tutsi qui collabore avec les Fdlr »

Quand on sait que de Kiseguro à Kisharu il n’y a que 13 kilomètres, l’on comprend à quel point la densité de ces rebelles rwandais au kilomètre carré est élevé ; on comprend surtout pourquoi les populations congolaises ne se retrouvent ni dans le dédale de leur organisation ni dans les méandres de leurs dissidences. Une chose est sûre et revient comme une incantation de la part des victimes : que cessent leurs exactions, qu’ils soient face à la justice. Et surtout : qu’ils rentrent chez eux !

Les récits dont nous présentons quelques extraits ont été recueillis dans les zones sous contrôle des FDLR au moment des faits.

Expéditions punitives

Il s’appelle Kakungu Shebirongo. Agé d’une cinquantaine d’années mais en paraissant vingt de plus, celui qui se considère encore comme le Chef de la localité de Busurungi, en Groupement Walowa-Lowanda du Secteur de Wanianga en Territoire de Walikale, est un homme « fini », depuis que les FDLR occupent son terroir et cultivent tous les champs. . En une nuit, vers une heure du matin, il a assisté à l’Apocalypse. C’était le 9 mai 2009, raconte-t-il. « Les FDLR ont attaqué la localité de Busurungi malgré la présence des militaires des FARDC. Ils  ont brûlé tout le village : habitations de la population, 12 écoles primaires, 4 centres de santé, 2 écoles secondaires et toutes les églises. Bref, ils ont tout détruit, et plus de 119 personnes ont été tuées. Depuis ce jour-là, environ 11 700 personnes de ma localité ont fui vers Hombo, Bukavu, Goma, Walikale-centre, où nous menons une vie de misère. »

Nous avons rencontré le Chef Kakungu à Walikale Centre au mois de mai 2010, soit une année après la tragédie qui s’était abattue sur sa localité. Pour lui, l’attaque de leur village était une expédition punitive : «  La raison de cette attaque est claire. Quand, dans le cadre des opérations « Umoja Wetu », les militaires congolais et rwandais ont mené des opérations de traque contre les FDLR, ces derniers se sont fondus dans la forêt. Une fois les opérations terminées, ils sont revenus pour saboter le village qui n’était gardé que par quelques militaires congolais. Comme pour prouver à tout le monde que ces opérations- là n’avaient servi à rien.» Un avis que partage Assumani Mekano, ce cultivateur père de 16 enfants :  « Depuis les opérations militaires de janvier 2009, ils devenaient de plus en plus hostiles contre les autochtones. Ils disaient que c’est nous qui communiquons avec les militaires  congolais et rwandais pour qu’ils viennent les déstabiliser.»

Maîtres des lieux et des hommes

Près d’une année plus tard, la situation à Walikale n’a guère évolué, et les déplacés de Busurungi n’ont toujours pas rejoint les ruines de leur ancien village. L’administrateur du territoire assistant rencontré en son bureau mi-avril 2011 affirme que sur les 15 groupements qui forment son entité, seuls 2 sont sous le contrôle du gouvernement. Et les 13 autres ? « Ils sont sous le contrôle des FDLR qui ont noué des alliances avec des groupes de miliciens Maï Maï. Pour vous dire la vérité, notre autorité ne va pas au-delà de la portée de votre regard. » Or de quelque côté qu’on tourne le regard, l’épaisse muraille verte de la forêt se dresse à moins d’un kilomètre ! Et Walikale, c’est le territoire le plus vaste de la province du Nord Kivu, dont il constitue 39,46% de l’étendue. Avec ses 23 475 km2, il avoisine les superficies de certains pays de la région des Grands Lacs comme le répètent avec un brin de fierté malicieuse certains jeunes rencontrés sur place. Walikale, c’est encore une immense forêt, véritable sanctuaire pour des FDLR qui ont vite compris tout le profit qu’ils pouvaient en tirer, en opérant loin des regards du reste du monde. Mais Walikale, c’est surtout le territoire de l’exploitation artisanale de la cassitérite, une activité à laquelle tous les groupes armés se sont livrés ces dernières années.

Walikale ne constitue hélas, qu’un des bastions de ces rebelles rwandais qui ont investi tout l’Est de la RDC depuis 1994. Maîtres des forêts et des montagnes, ils évoluent dans ces milieux hostiles avec une aisance qui leur permet de passer allègrement de la province du Sud Kivu à celle du Nord Kivu et de s’installer dans les sites miniers du Maniema. Partout, ils ont développé des stratégies pour exploiter des populations congolaises qui sont littéralement soumises  et exploitées par des miliciens qui disposent de leur vie et de leur mort.

Un chapelet de crimes inqualifiables

Des meurtres

Génerose Ntabanganyimana, âgée de 46 ans aujourd’hui, réside à Kisharo, un village situé sur l’axe Kiwanja- Ishasha, un des tronçons les plus meurtriers pour ceux qui fréquentent cette route qui mène à la frontière ougandaise. Tout le groupement de Binza, dont font partie les villages de Nyamilima, Buramba, Kiseguru et autres comme  Katwiguru est soumis aux FDLR qui ont fait du Parc national des Virunga traversé par cette route de la mort un repaire où ils ont tissé des relations complexes avec d’autres milices locales.

Génerose menait une vie de paysanne tranquille avec son mari, Gilbert Makiko Rushigajiki jusqu’à ce jour du 15 mars 2010 où ce dernier mourut à l’hôpital de Nyamilima, après un mois de souffrance des suites des sévices lui imposés par les FDLR. Encore éplorée en ce mois de mai 2010, la veuve raconte :
« Le 17 février 2010, nous sommes partis, moi et mon mari à notre champ de Mulembwe.

Aussitôt arrivés, les FDLR ont fait  irruption  dans notre champ, c’était vers 9h et immédiatement ils l’ont arrêté et ligoté. Ils m’ont exigé d’aller chercher 300 $ US pour le libérer. Avant de partir, ils m’ont remis un bout de papier où se trouvait un numéro de téléphone et  m’ont dit d’appeler le jour où j’aurai cet argent. Je suis rentrée seule à la maison et j’ai raconté l’histoire dans tout le village. Les habitants ont compati avec moi parce qu’ils savaient que c’était la nouvelle formule des FDLR et m’ont demandé de faire diligence car durant son séjour en brousse, il serait sérieusement torturé. C’est alors que j’ai décidé de vendre notre champ de manioc et notre parcelle de Buramba. J’ai eu au total 250$ US, ensuite j’ai emprunté 50$ pour totaliser le montant exigé par ces bourreaux. Après 3 jours, moi et mon fils, nous sommes partis après avoir appelé le numéro qu’ils m’avaient confié, ils nous ont tracé l’itinéraire en passant par notre champ et par d’autres chemins détournés qu’ils nous indiquaient  au téléphone.  A plus d’une heure de marche de notre champ, ils nous ont demandé de nous arrêter et nous avons vu 2 personnes venir avec mon mari, nous avons donné l’argent et ils nous ont dit de partir.

Mon mari était nu et très abattu avec les coups qu’il recevait chaque jour. Tout son corps gonflait, je lui ai  donné un pagne qu’il a ceint jusqu’à la maison. Nous l’avons dépêché d’abord au Centre de santé de Kisharo, d’où il a été transféré à l’Hôpital de Nyamilima où il succombera après un mois de souffrance. » 

Les FDLR ne donnent pas toujours la mort à petit feu, comme pour ce cas. Ils tuent aussi froidement, à bout portant, soit lors de ces fameuses descentes punitives collectives soit pour régler leurs comptes à des ex-associés indélicats, comme en témoigne Muhindo Kamate, 33 ans, commerçant que nous avons rencontré à Kanyabayonga, en territoire de Lubero :

« A plusieurs reprises j’ai été victime des attaques des FDLR, mais ce que je ne peux pas oublier dans ma vie, c’est la mort tragique de mon grand frère Kambale. C’était en février 2008 lorsqu’il revenait de Kasiki, du côté de  la forêt de Luofu, là où étaient concentrés les FDLR pour attendre la MONUC qui devait les rapatrier ; mais les FDLR s’étaient soulevés contre cette disposition, ils s’étaient dispersés dans la forêt. Mon grand frère a été tué et son véhicule de marque FUSO  a été brûlé. C’est lui qui faisait la jonction entre les FDLR et la population de Luofu et de Kirumba. Il  achetait des vivres chez eux qu’il venait revendre à dans la cité. Il faisait aussi le commerce des planches. »

Les morts se suivent, et les FDLR semblent rivaliser de mode opératoire. Flora Namungumbu a 40 ans. Elle raconte ce qui est arrivé à son mari Bwenge Kabihula, chef de la sous-localité, la nuit du 26 au 27 mai 2009 :
« C’était la nuit du 26 au 27 mai 2009 à minuit à Chiriba, dans la localité Makuta, groupement de Mubugu. Les FDLR, bataillon basé à Kauma sous le commandement du major Simba Guillaume ont pillé à Chiriba et ont incendié 117 maisons. J’avais fui mais mon mari Bwenge a été attrapé. Ils l’ont ligoté et jeté dans la maison qui prenait feu. Il a été calciné et il est mort. » Feu Bwenge et Madame Flora avaient 8 enfants.

Viols

Nandabira Makala, mariée et mère de 6 enfants, est originaire de Karale, au Sud Kivu. La nuit du 1er février 2010, son village a été attaqué par des FDLR sous les ordres d’un certain Commandant Kaburara. « Il est de teint très clair, comme un métis », précise-t-elle.

« Cette nuit-là ; ils ont brûlé 11 maisons et tué deux personnes (Chibanja Makala et Amuli Mukawa). Une autre répondant au nom de Batasema Makala, mon frère, âgé de 34 ans, marié et père de 3 enfants, a été grièvement blessée au cou. Il a reçu un coup de machette qui a failli le décapiter. Il a été soigné à l’hôpital de Bunyakiri ; actuellement il se porte bien.

Moi j’ai été violée par cinq Interahamwe dans ma maison. Celui qui est passé le dernier a pris son arme et l’a introduit dans mon vagin. J’ai beaucoup souffert, on m’a emmenée à l’hôpital de Bunyakiri où j’ai été soignée. Actuellement, je souffre encore beaucoup, je vis ici chez mes parents à Bulambika parce que je ne peux pas rentrer chez moi à Ngiringi à cause de l’insécurité. »

Des récits comme celui-ci, il y en a partout. Des femmes de tous les âges sont violées soit sur place et parfois devant les membres de leur famille soit enlevées pour aller servir d’esclaves sexuelles pour les gradés des miliciens.

Destruction et incendies des villages

Les FDLR recourent régulièrement à la politique de la terre brûlée soit pour terroriser des villageois pour qu’ils leur abandonnent les biens et les espaces soit pour les « punir » de leur « collaboration » avec leurs « ennemis » FARDC ou RDF, etc. Mashuta, Busalinga, Bikenge, Kirere et Katuruma en groupement Ikobo (février 2009), Busurungi (mai 2009) au Nord Kivu, Chiriba, Luembu et Ndese, non loin de Shabunda (août 2010) au Sud Kivu sont autant de villages qui ont été délibérément livrés aux flammes par les FDLR à l’est de la RDC. Et il y en a évidemment bien d’autres.

 « Ce sont des FDLR, il n’y a pas à douter… »

La question reste de savoir si les FDLR sont réellement les auteurs de tous ces crimes surtout lorsque l’on sait que cette région grouille des bandes armées de toutes sortes et que même les forces gouvernementales indisciplinées et mal payées recourent à ces procédés pour survivre. Dans ce contexte où tout porteur d’arme essaie de porter le label FDLR (usage du kinyarwanda, tenue militaire hétéroclite, etc.), comment distinguer les vrais FDLR de ceux qui ne le sont que par déguisement ? Ces questions, nous les avons posées à toutes les victimes et aux témoins des exactions. Pour eux, aucune confusion n’est possible : pour avoir longtemps vécu avec les FDLR, ils les reconnaîtraient entre mille autres groupes armés.

Janvier Mayani, 27 ans, donne des détails des assaillants qui ont attaqué le village de Kirumba, au sud de Luberon 2006 : « Lorsque la fille Florence a été blessée, 8 FDLR ont été abattus par les militaires. Leurs corps sont restés deux jours exposés sur la route ici dans la cité. Les 8 corps n’étaient pas nos militaires des FARDC ou des bandits de la cité, ils étaient des Rwandais car l’un d’eux est mort après avoir été entendu par la police et l’armée, lui-même avait reconnu qu’il était un combattant Hutu Rwandais ; et comme preuve, tous les 8 étaient des incirconcis. Dans la culture Nande, tous les enfants sont circoncis en bas âge, il en est de même pour plusieurs congolais sauf pour les Rwandais tels que les FDLR. » Avant d’ajouter que chaque catégorie de malfrats se reconnaît à son modus operandi :

« Les pilleurs ici à Kirumba sont de trois catégories : il y a les FDLR, les militaires congolais des FARDC et les bandits du quartier. Lorsqu’il y a pillage, les faits prouvent la catégorie qui a opéré. Pour les FDLR par exemple, ils viennent très nombreux et leur opération dure pendant plusieurs heures. Ils pillent systématiquement et ils font transporter le butin par les victimes elles-mêmes jusque dans la forêt, ce qui n’est pas le cas pour les bandits et les militaires qui se limitent à piller de l’argent seulement. »

A Hombo, en territoire de Walikale comme dans certains autres villages, les FDLR ont averti par des tracts les populations de l’imminence de leurs attaques. «A partir de la forêt, ces FDLR nous envoyaient des messages de menaces. Ils nous demandaient de quitter Busurungi parce qu’ils allaient attaquer nos militaires. Lorsque le message m’est arrivé, j’ai évacué d’abord ma femme et mes enfants et moi, je suis parti  après. Je suis arrivé à Hombo le 6 mai 2009 et le village a été brûlé le 9 », raconte Pascal Maneno Maheshe, directeur de l’école primaire de Busurungi.

L’ombre de Murwanashyaka plane sur les forêts de l’est de la RDC

Autant les victimes congolaises des exactions des FDLR semblent n’avoir pas de doute quant à l’identité collective de leurs bourreaux, autant ils avouent ignorer leurs identités personnelles, essentiellement parce que la plupart recourent systématiquement à des pseudonymes. Comme le déclare Pascal Maneno ci-haut cité : « Ils ne disaient pas leurs  noms propres, je connais deux parmi eux, il y a Guillaume et Sadam qui étaient des majors, ils habitaient dans les collines. »

Quant à leur chef Murwanashaka, il semble planer sur les cimes des arbres de la forêt équatoriale. Certains, comme Pascal Maneno, affirment l’avoir vu à Busurungi en 2007 :
« Leur président Murwanashyaka est passé à Busurungi en 2007, je l’ai vu de mes propres yeux, il a passé la nuit à Busurungi et le matin, il est parti à Masisi en passant par Mangere, une localité qui est sur la limite entre le groupement Walowa- Lowanda dans le Territoire de Walikale et Ufamando dans le Territoire de Masisi. Il avait tenu une réunion avec ses officiers à Busurungi et une autre à Masisi ; à son retour, il est passé de nouveau par Busurungi pour se rendre à Hombo. »

Et le chef Kakungu Shebirongo de renchérir : « Oui, je l’ai vu à Busurungi venir sensibiliser les FDLR lorsque les militaires congolais menaçaient de venir les déstabiliser. Il est arrivé, il a tenu des réunions, mais nous, nous n’étions pas associés à leur rencontre. D’ailleurs, plus tard, je l’avais suivi sur les ondes de la Voix de l’Amérique lorsqu’il disait que si l’on attaquait ses troupes, il allait répliquer. »

L’arrestation du leader des FDLR en Allemagne a été perçue comme une bonne chose, comme l’affirme Mafuluko wa Muyanya, 56 ans, chef de Groupement de Walowa Lowanda, « parce que c’est avec sa bénédiction que ses hommes commettent des génocides ici. Qu’on les arrête tous, ça peut nous permettre de rentrer dans notre groupement. »

L’arrestation de M. Ignace Murwanashaka et de ses collègues leaders des FDLR n’a pas eu le retentissement auquel on s’attendrait auprès des populations congolaises même à l’est de la RDC où leurs victimes se comptent par centaines de milliers. L’impression générale est que, sitôt la surprise de l’annonce médiatique passée, la vie a repris son traintrain quotidien, avec sa morosité habituelle. La réalité étant que cette arrestation des dirigeants rebelles en Europe n’a pas eu d’impact réel sur la capacité de nuisance de leurs affidés locaux. Mais elle constitue un signal positif très fort dans la lutte contre l’impunité.

Au-delà de la justice d’une poignée

Les populations congolaises se réjouissent certes de l’arrestation et du jugement des dirigeants de FDLR et espèrent qu’il ne s’agira pas d’  « une mascarade des Blancs pour nous distraire », comme certains nous l’ont dit. Mais ils veulent plus que cette justice qui ne va finalement concerner qu’une poignée de cadres FDLR.

« En tant que chef de sous- localité, je demande aux autorités de faire tout pour assurer la sécurité des gens dans ma localité de Mienge ; de chasser les FDLR et les ramener au Rwanda pour que mes sujets qui sont devenus des déplacés puissent rentrer chez eux ; d’aider la veuve et les orphelins qui sont restés en leur procurant la nourriture » (NAMIENGE, chef de sous localité, 48 ans, marié et père de 9 enfants, Bulambika, groupement de Kalima, Sud Kivu).

« Ici à Bulambika nous n’avons pas de champs, nos enfants vont mourir de faim, nous manquons d’habits, nous n’avons même pas de babouches, nous manquons de quoi manger. Nos enfants ne vont pas à l’école. Que les autorités prennent en charge les enfants de Bwenge parce qu’il était le chef de localité de Ngokwe. Il était notre chef, nous l’aimions beaucoup mais on l’a tué à la fleur de l’âge (Gilbert MUNYALI, 35 ans, Chiriba, Sud Kivu) »

Pendant ce temps, à l’est de la RDC, les FDLR continuent à faire subir à des Congolais leur implacable loi.

Pole Institute
Avril 2011
 

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