Kampala : les rêves brisés d'une paix durable en RDC

Par Kä Mana

Un événement a dominé la vie de la RDC au cours de la première quinzaine du mois de février : l'échec des pourparlers de Kampala. Ou plus exactement : la pénible certitude qui s'est emparée de l'esprit des Congolaises et des Congolais concernant cette occasion historique sur laquelle personne ne se fait plus aucune illusion. Une occasion contre laquelle de plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer l'inconsistance, l'incohérence, les mensonges et l'irresponsabilité des acteurs chargés de proposer à la nation les perspectives d'une paix durable.

C'est à cet événement historique et à ses conséquences que je consacre la réflexion que vous allez lire.

1. La faillite de nos rêves de paix

Quand on considère la manière dont les pourparlers de Kampala se sont déroulés depuis leur ouverture comme espace de dialogue jusqu'à leur lamentable fin qui se profile à l'horizon comme un échec complètement destructeur pour le pays, on se rend compte que les deux camps des négociateurs n'ont jamais eu conscience de l'enjeu historique de leur tâche. Ils ont considéré Kampala comme une arène de lutte politicienne dans des intérêts sans consistance pour le destin d'un pays comme la RDC en Afrique et dans le monde. Au lieu d'entrer dans une aire de recherche d'une paix fondée sur la vérité globale de la situation de la nation et sur le souci d'une véritable concorde nationale assumée en toute responsabilité, ils ont fait la politique au sens piteux que les Congolais connaissent bien : l'art tragique de se mentir à soi-même, de mentir à tout un peuple et de vouloir mentir au monde entier sur les intentions réelles que l'on porte en soi.

L'attitude catastrophique du gouvernement de Kinshasa

Dans cette arène de Kampala, Kinshasa a menti du début à la fin. Malgré la bonhomie fatiguée du ministre des affaires étrangères Raymond Tshibanda et son langage de sagesse qui ont fait espérer des négociations sérieuses dans l'esprit des Congolaises et des Congolais, le gouvernement ne veut pas la paix et n'a jamais voulu la paix avec le M23 dans l'est de la RDC. Il considère ce mouvement comme une force négative et fait semblant de parler avec lui alors que son souhait est de lui tordre militairement le cou à plus ou moins brève échéance, quand l'occasion lui en sera offerte. J'ai acquis cette conviction lorsque, en visite à Kampala avec mes collègues pour remettre un document des conclusions d'une partie de la société civile du Kivu aux négociateurs, je me suis trouvé pour la première fois en face de l'abbé Malu Malu, coordinateur politique de la délégation gouvernementale aux pourparlers gouvernement-M23. Dans son langage comme dans son attitude, rien ne traduisait un quelconque respect pour le camp adverse. Il me donnait plus l'impression du général Mac Arthur attendant la capitulation du Japon que de Nelson Mandela cherchant la paix avec les seigneurs de l'apartheid. Il oubliait seulement qu'il n'était pas Mac Arthur et que le M23 n'était pas le Japon. Attendre une capitulation pure et simple du M23 pendant que Raymond Tshibanda sème partout des espoirs d'un compromis acceptable révélait une fissure profonde dans le camp gouvernemental : la fissure d'un mensonge conscient où l'on veut souffler le chaud et le froid alors que l'on ne dispose ni de véritables moyens de souffler le chaud ni d'une véritable intention de souffler le froid.

Quand je me suis mis à réfléchir profondément sur l'énorme différence de tempérament entre le ministre et le coordinateur technique de la délégation gouvernemental, j'ai compris qu'aucune proposition de paix véritable ne peut venir du côté de Kinshasa. J'en suis même venu à penser que la guerre dans l'est du pays servait plus les intérêts et l'étourdissante propagande du pouvoir de Kinshasa que la recherche de la paix. Issu de la guerre de l'AFDL, alimenté par une histoire de feu et de sang avec le RCD, avec le CNDP et avec l'actuel M23 qui lui ont servi d'épouvantail pour se légitimer et masquer ainsi une politique qui pose problème dans sa substance comme dans son exercice de tous les jours, ce pouvoir qui règne sur la capitale ne veut la paix que du bout des lèvres. Son cœur et son esprit veulent la guerre, surtout contre le M23 qui, dans la géographie des mouvements armés, est le seul capable d'inquiéter la condescendance satisfaite et de bousculer la morgue délirante des seigneurs de Kinshasa. Ceux-ci veulent la guerre avec d'autant plus de vigueur qu'ils peuvent aujourd'hui se fier aux perspectives d'une armée africaine et sur les drones américains qui leur assureraient un ordre de pérennité d'une politique dont tout le monde sait qu'elle n'est ni vraiment l'émanation d'une volonté populaire claire, ni réellement l'expression du souci de répondre aux aspirations profondes des populations congolaises. La seule paix qui intéresse Kinshasa, c'est la paix néocoloniale d'un règne despotique à la Mobutu, au temps où les gouvernements américain, belge et français avaient fait du Zaïre le bastion anticommuniste dans le contexte de la guerre froide. Tous les Congolais et toutes les Congolaises savent que cette paix mobutiste n'était qu'une guerre contre le peuple et que Mobutu ne réussit jamais à donner au Zaïre un élan de développement ni une dynamique de sécurité véritable. Le jour où ses parrains le lâchèrent, son despotisme fit basculer le pays dans une avalanche des guerres qui sont devenues aujourd'hui le réflexe conditionné du pouvoir à Kinshasa. C'est ce réflexe qui se pavane à Kampala dans l'espoir de compter sur de nouveaux parrains et de détruire le pays dans tous ses ressorts de développement et de grandeur.

En s'enfermant dans cette logique et en la promouvant comme voie face au M23, le gouvernement de Kinshasa se trompe totalement d'intérêt, de vision et de perspective d'avenir. L'ordre de tutelle militaire de la SADEC ou de la CIRGL et le parapluie néocolonial des drones américains, qui lui semblent constituer maintenant un principe de pérennité de son pouvoir, pourraient vite devenir une faiblesse et un handicap fatals, surtout quand les parrains prendront conscience de ce qu'ils ne voient pas encore clairement maintenant. A savoir que le peuple dans le Kivu est à bout de souffle et qu'il veut une bonne politique pour sa destinée aujourd'hui. Une politique de reconstruction et de concorde dont le moteur n'est ni la violence despotique ni la paix néocoloniale, mais le génie créateur de toutes les Congolaises et de tous les Congolais rassemblés dans une même puissance de développement et de grandeur, qui puisse imposer partout le respect à l'égard de notre nation dans le monde. C'est cette bonne politique qu'il s'agit de construire et Kinshasa ne l'a pas encore construite. A Kampala, le gouvernement a caché son incapacité à penser et à construire une telle politique dans une stratégie de concentration sur les vieux accords avec le CNDP et sur une comptabilité superficielle entre ce qui a été réalisé et ce qui ne l'a pas été. Dans la capitale même de notre pays, il a imposé aux médias une pensée unique pour clamer que le M23 est une " fiction " et que la seule réalité est celle de la guerre d'agression du Rwanda contre le Congo. Guerre à laquelle ne peut répondre qu'une autre guerre, celle de la libération du pays par la mobilisation de tous les citoyens et de toutes les citoyennes. On aurait aimé que le centre des discussions à Kampala ne fît pas seulement celui du débat contre une fiction ou de la rage de combattre un tigre agresseur venu du Rwanda, mais aussi celui de savoir ce que le gouvernement est en train de faire concrètement du pays, ici et maintenant. Et surtout ce que sa gouvernance amène comme instinct séparatiste que l'on voit dans les mouvements sécessionnistes comme " Kata-Katanga ", sans aucun lien entre des agresseurs surgis du côté de nos circonvoisins. Si on avait ouvert les yeux sur ce côté du problème congolais, on n'aurait pas manqué de voir que la politique du gouvernement, dans ses errances et ses incohérences, entraîne le pays dans la logique de la guerre, de la division, de la balkanisation de fait et de l'implosion irrémédiable. Elle le fait dans le discours, dans les actes et par omission de prendre ses responsabilités pour construire une paix durable.

Dans le discours : au moment où se déroulent les négociations de Kampala, le président de la République ne parle que de reconquête militaire du pays, " centimètre par centimètre ". Il donne aux responsables de la communication gouvernementale toute la latitude pour chauffer à blanc l'imaginaire du peuple afin de lui faire accepter la logique de la guerre destructrice, convaincu que la guerre est le chemin vers la paix alors que les négociations se fondent sur l'idée que seul le dialogue est la voie vers une paix durable.

Dans les actes : la lourde responsabilité de Kinshasa dans la circulation des armes partout dans le Kivu est connue de tous. Les groupes armés de toutes obédiences, les milices de tous acabits, les forces qui s'affichent dans le Kivu et dan l'Ituri en roulant les mécaniques de la terreur, les factions militarisées incontrôlées que l'on qualifie de forces négatives le jour quand elles sont contre le gouvernement et qui deviennent la nuit des forces positives d'appui au gouvernent, avec un armement toujours plus abondant, personne n'ignore ces réalités de terrain. Personne n'ignore non plus qu'on ne construit pas la paix dans une telle oscillation d'intérêts et dans un tel tangage d'attitudes et d'alliances, encore moins dans la militarisation des esprits et des espaces vitaux des populations. Si on ajoute à cela le recours aux armées étrangères et aux mercenaires, qui correspond aussi à l'appel aux armées étrangères et aux mercenaires étrangers dans le camp adverse, on fait du pays une poudrière qui explosera totalement un jour au visage de ceux qui jouent avec le feu. L'histoire, depuis la nuit des temps, est pleine d'exemples de la chute et de la ruine des princes qui ont cru asseoir leur pouvoir sur le soutien des forces étrangères et qui ont fini par perdre et le pouvoir et la vie. Il n'y a qu'à Kinshasa qu'on oublie que l'Occident a les intérêts et qu'au nom de ces intérêts, il peut retourner sa veste contre un gouvernement qu'il soutenait hier. Il n'y a qu'à Kinshasa qu'on oublie le sort d'un Congo où un Premier Ministre fit appel aux militaires des Nations Unies et fut assassiné sans que les Nations-Unies lèvent le moindre et secourable petit doigt. On a même oublié que la mort de Laurent Désiré Kabila est venue de l'imbroglio des armées étrangères incontrôlables sur fond d'une politique erratique et chaotique, où le mensonge, le retournement d'alliances et l'élimination physique d'opposants et des concurrents se déployaient comme du grand art maléfique. Quand un gouvernement oublie qu'une politique chaotique et erratique conduit à sa propre perdition, il finit par se noyer dans son propre gouffre, malgré le système de violence et de peur qu'il met en place pour se protéger. A Kampala, les négociateurs du gouvernement ont fait montre d'une amnésie totale sur ces évidences, pour faire croire au monde entier qu'au Congo, seules les armes apporteront la paix. Faux calcul et pari abondamment risqué.

Que faut-il dire à un pouvoir politique qui s'embourbe dans un faux calcul et un pari risqué ? Essentiellement ceci : aujourd'hui, tous les Congolais et toutes les Congolaises qui, au pays comme partout dans le monde, soutiennent la ligne politique guerrière de Kinshasa pour une raison ou pour une autre, se trompent d'analyse et d'enjeux sur les intérêts de notre pays. J'ai de la peine à croire qu'ils puissent ne pas voir les difficultés et les entraves que constitue la ligne politique actuelle du gouvernement qui barre la route à toute paix durable au Congo. Tant que l'option de fond à Kinshasa ne sera pas une politique de prospérité économique, de choix éthique contre la corruption, de confiance dans la démocratie participative, d'engagement dans une décentralisation féconde et de souci de liberté et de responsabilité pour donner aux citoyens le sens de leurs droits, de leurs devoirs et de leurs pouvoirs d'action pour changer le pays et résoudre ses problèmes aux plans local, provincial et national, nous allons tout droit dans le mur au Congo. Et à grande vitesse.

J'ose alors l'hypothèse suivante : que Kinshasa cesse de penser et de vivre en termes de guerre, qu'il dépose les armes et s'engage dans une bonne politique de construction économique et sociale du pays dans une dynamique de gestion responsable des richesses de la nation, la guerre cessera, faute de carburant interne qui sert de justification et de légitimation aux rébellions de toutes sortes. Pour reprendre les mots du penseur congolais Benoît Awazi Mbambi Kungwa dans son livre De la postcolonie à la mondialisation néolibérale (Paris, L'Harmattan, 2011), il faut à notre pays " une culture politique de la responsabilité éthique, de la bonne gouvernance, de la transparence et de l'imputabilité dans la gestion des affaires publiques. "

Le M23 et la logique du désastre

" Et le M23 ? " vous demandez-vous, sans doute. Le M23 a commis trois erreurs monumentales qui l'ont conduit aux négociations de Kampala en position de faiblesse, d'incertitude et de désorientation, même s'il a tout fait pour masquer cela.

Premièrement, il a commis l'erreur, lorsqu'il s'est retiré de Goma en décembre 2012, d'adopter le comportement d'une force incontrôlée de razzia et de terre brûlée. Les populations de Goma en ont gardé le souvenir d'une armée sans rêve pour le peuple, sans dynamique d'alternative politique globale crédible ni volonté de donner à la nation un nouveau rêve d'ordre et de grandeur. Les pillages, les ravages et le désordre n'ayant jamais constitué un chemin d'avenir pour un mouvement qui a l'ambition de faire une révolution, il était difficile d'avoir à Kampala l'image de dignité, de responsabilité et de responsabilité crédible. Surtout quand la campagne militaire a causé des morts, brisé des vies humaines, mis les populations sur les routes de l'exil, dans des camps de fortune pour déplacés ou dans les misères sans limites.

Deuxièmement, la M23 a commis l'erreur d'aller négocier à Kampala en maintenant le revolver braqué sur la tempe de la ville de Goma, comme s'il ne voulait pas renoncer une fois pour toutes à l'option de la guerre destructrice au profit d'une paix constructrice. En maintenant dans l'esprit des populations un fond de peur et d'anxiété, il n'était pas possible d'entrer en négociation avec le gouvernement dans une posture de respectabilité confiante.

Troisièmement, le M23 a commis l'erreur de présenter à Kampala deux sons de cloche relevant l'un de l'aile politique du mouvement, l'autre de l'aile militaire, comme si on voulait d'un côté la paix et de l'autre la guerre. Ou plus exactement : comme si on mettait deux marrons dans le feu, le marron du sourire et le marron de la terreur, en espérant que les populations seront dupes et aveugles, incapables de voir que tout sourire qui masque la terreur est une tombe ouverte au cœur de la destinée d'un peuple.

Quand on négocie, rien n'est de plus néfaste effet que de chercher la paix en demeurant dans l'esprit d'une guerre partisane. De ce point de vue, M23 a agi comme le gouvernement de Kinshasa, dans un double langage et la stratégie de dissimulation des intentions réelles sur les enjeux de la négociation.

Avec ces trois erreurs, le M23 a lui-même cassé sa propre image et conduit le peuple congolais à penser soit que ce mouvement ne représente qu'une aile d'agression extérieure sans aucune considération pour la stabilité du pays (comme le dit à profusion la propagande du gouvernement), soit qu'il n'est qu'une puissance d'aventurisme cherchant une place au sein du système même du pouvoir de Kinshasa, pour une nouvelle distribution des faveurs et des grâces (selon la dynamique d'intérêts à court terme, comme au temps du RCD et du CNDP).

A Kampala même, le mouvement du 23 mars s'est enfermé dans un système de revendications à géométrie variable, sans réelle colonne vertébrale permanente du changement profond du système de gouvernance du pays. Le gouvernement a eu beau jeu de surfer sur cette maladresse et diaboliser la rébellion en toute mauvaise foi, sans trouver dans l'opinion une résistance radicale à la politique désastreuse du gouvernement, cause des malheurs profonds dont souffre la nation.

La rébellion a encore aggravé la destruction de son image quand elle a menacé de reprendre Goma par les armes, si les négociations de Kampala öchouaient.

Or, dans l'état d'esprit actuel du monde sur les problèmes du Congo, on ne tire aucun avantage à utiliser la guerre comme moyen pour libérer le pays, quelles que soient les raisons que l'on exhibe pour faire cette guerre. La vraie libération est un combat éthique et politique pour mobiliser la masse critique des Congolais qui peuvent se révolter de manière constructrice par la transformation de leur être, de leur imaginaire, dans des initiatives concrètes de changement aux échelles locale, provinciale, nationale et même mondiale. Je sais que le M23 ne peut pas ignorer que sa guerre actuelle telle qu'il peut l'envisager ne conduit nulle part. Même s'il prend de nouveau la ville de Goma et qu'il passe par Bukavu et Kisangani pour s'ouvrir la route de Kinshasa par le fleuve, il ne pourra pas s'emparer des rênes du pouvoir sans alliance avec d'autres forces politiques, surtout sans l'adhésion de tout le peuple à une vision commune d'un nouveau destin pour la nation. Ou à un nouveau projet de changement responsable et fondé en raison Un projet qu'il convient encore de construire dans la paix.

Actuellement, les pourparlers stériles de Kampala n'ont pas révélé le M23 sous cet angle d'un mouvement qui peut séduire tout le Congo et forger un nouveau grand rêve pour la nation.

2. Ouvrir de nouvelles perspectives

Est-il possible d'ouvrir de nouvelles perspectives dans cette situation bloquée ? A quel prix pourra-t-on le faire ?

Le temps d'une metanoia

A Kampala, le gouvernement et le M23 auraient dû commencer par reconnaître qu'ils font fausse route tous les deux, que leurs visées comme leurs stratégies de négociation ne sont pas, aux yeux des aspirations profondes de nos peuples, une voie de grand rêve ou de réalisations fertiles pour le Congo. Il n'y a dans leurs visions ni opportunité, ni limon, ni levier pour pousser la nation vers la plus haute idée qu'elle devrait avoir d'elle-même dans sa philosophie de base. Ce n'est pas dans la violence, dans la guerre ou dans des débats qui masquent la violence et la guerre qu'on construit un grand destin pour un peuple.

Le gouvernement congolais devrait le savoir : il n'est en lui-même le modèle ni de la bonne gouvernance, ni du sérieux politique, ni de l'excellence éthique, ni de la volonté de grandeur pour le pays. Il faut qu'il lutte d'abord vigoureusement contre ces pathologies qui le minent avant d'imaginer devenir le parangon efficace dans le dialogue avec la rébellion et dans toute forme de concertation entre congolais pour la paix.

La rébellion devrait à son tour savoir ceci : elle n'est le modèle ni de la liberté créatrice, ni d'une grande vision du Congo à bâtir, ni de la force d'invention de l'avenir, ni de la capacité mobilisatrice au-delà du Kivu, ni de la capacité de séduire les grandes puissances mondiales par un nouveau pouvoir d'action transformatrice au service du Congo. Il faut lutter fortement contre ces faiblesses en vue de présenter un visage crédible dans les négociations avec le gouvernement et dans toute forme de dialogue entre forces vives de la nation.

A Kampala, il a manqué au gouvernement et au M23 une profonde conscience de la " metanoia " d'eux-mêmes, susceptible de les engager dans des pourparlers fertiles. Cela a donné lieu à des blocages dont l'échec du dialogue donne maintenant l'image désastreuse du Congo et de ses forces politiques.

Tout est-il fini ? Non. Je connais dans la rébellion des hommes et des femmes qui portent en eux l'idéal d'une bonne politique et qui croient en un Congo d'avenir. Ils s'attelleront sans doute à tirer toutes les leçons nécessaires de l'échec des négociations de Kampala pour hisser le M23 vers le haut, dans une dynamique de nouveaux rêves et de nouvelles ambitions pour la nation, loin des turpitudes que la guerre a partout semées dans les esprits, dans les consciences et dans les corps des citoyens et des citoyennes.

De même, il y a dans le camp gouvernemental des hommes et des femmes qui ont foi dans le génie congolais et qui veulent que la nation change en bien, devienne forte et soit guidée par de nouvelles forces émergences, de nouvelles dynamiques de gouvernance et de nouvelles ambitions créatives. Eux aussi travailleront sans doute à conduite le pays vers le sommet de toutes ses possibilités.

L'espoir est dans les mains de ces Congolaises et Congolais qui s'engageront un jour dans un dialogue entre les personnes porteuses d'espérances et d'énergies de transformation sociale, des consciences vives et ardentes, décidées à faire de la RDC une communauté de destinée réussie.

Casser la logique binaire, maîtriser la complexité congolaise

Si je me tourne vers l'horizon du dialogue qui engagerait toutes les forces du changement et de l'invention d'un nouveau Congo, c'est parce que l'analyse des pourparlers entre le gouvernement et le M23 révèle que ces négociations ont êté plombées du fait d'avoir été un processus binaire dans un contexte où la guerre est d'une extrême complexité dans ses logiques et dans ses enjeux. Alors que les groupes armés naissent et pullulent en abondance dans un territoire dont le gouvernement ne contrôle en fait que les grandes villes, le tropisme sur le M23 a fait croire qu'il suffisait de signer un accord de paix avec ce mouvement pour que la paix règne au Congo. On n'a pas vu que le territoire entre les mains du M23 n'est que l'arbre qui cache l'immense forêt de la guerre en RDC, avec des crimes, des massacres, des viols commis par d'innombrables milices, dans une mosaïque d'incohérences meurtrières dont les noms des groupes armés incarnent toutes les horreurs : Mai-Mai Shetani, Raia Mutombokii, FDLR, FNL, ADF-NALU, M26, Nyatura, etc). On a oublié qu'il est possible que d'autres groupes militaires naissent encore et pullulent encore dans des divers endroits, selon des agendas que le gouvernement ne contrôle pas. Même comme on pense et on affirme allègrement que la force interafricaine fournie par la CIRGL et intégrée à la Monusco éradiquera les forces négatives, on a tendance à oublier qu'une guerre aux visages et aux enjeux aussi complexes peut changer de visage, qu'elle peut passer de l'actuelle configuration meurtrière dans le monde rural pour devenir une guérilla urbaine ou un terrorisme disséminé partout, même dans une ville comme Kinshasa dont le chaos humain peut nourrir beaucoup d'attentats intelligemment ciblés. Faudra-t-il alors chercher plus de forces étrangères encore et faire du Congo un immense champ de guerre, alors qu'il est beaucoup plus sûr de s'attaquer aux questions de gouvernance, de démocratie et de modes de gestion de la nation ? Cela dans un dialogue de fond pour mettre sur pied des institutions solides et fiables capables de garantir la paix aux populations et de les mettre au travail de construction du futur du pays.

A mon sens, le vrai horizon pour réussir la paix au Congo, ce n'est pas de donner au gouvernement des armées étrangères en abondance pour intensifier la logique de la violence, même légale, mais d'aider le peuple congolais à réfléchir à fond sur ses problèmes dans un dialogue sérieux et serein de toutes ses forces vives, dans le cadre des institutions fiables, avec des dirigeants fiables, dans une gouvernance fiable au sein d'un Etat fiable.

Tant que l'on n'aura pas compris cela, au Congo ou dans les organisations internationales, on ne fera que maintenir le pays dans les impasses de la situation néocoloniale et de ses rages destructrices, surtout quand l'enjeu est la conquête et la mise en coupe réglée d'un territoire aux ressources immenses.

Pour tout dire : la solution au problème de la RDC n'est pas militaire, elle est dans l'éthique du leadership et dans la responsabilité des populations congolaises à trouver encore des raisons d'être et de vivre ensemble. Cela devrait être le cœur du nouveau dialogue inter-congolais, au-delà de l'échec des pourparlers entre le gouvernement et le M23.

Kä Mana, président de Pole Institute

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