L’AFRIQUE, LE CONGO ET LES GRANDES DERIVES DU NEOLIBERALISME : De l’économie du mensonge et de la manipulation à l’économie de la corruption et de la prédation

De jour en jour, la liste des grandes voix qui remettent en cause l’ordre économique existant où nagent les sociétés contemporaines s’allonge et grossit à vue d’œil. Il ne s’agit pas d’un phénomène anodin qui laisserait indemne l’économie comme système et comme rationalité du monde, mais d’une lame de fond qui ébranle les fondements du système mondial dans son ensemble, grâce à la vigueur d’une nuée de témoins qui ont libéré une dynamique radicalement contestatrice pour  orienter le monde vers un nouvel ordre socioéconomique planétaire. 

Une vague de fond
Cette nuée de témoins s’attache depuis trois décennies à tirer la sonnette d’alarme sur l’esprit, la philosophie, la vision du monde et les mécanismes de la rationalité néolibérale actuelle. Depuis la remise en question des idées économiques de l’ère Reagan-Thatcher jusqu’au refus radical du néolibéralisme comme rationalité du monde à partir de la crise économique de 2008-2009, ces grandes voix des sciences économiques s’orientent vers une réévaluation implacable du Marché comme cadre général et socle incontestable de l’économie en général et de l’ordre néolibéral en particulier.
Dans les nations occidentales comme dans les nouveaux pays émergents, dans les sociétés exploitées et appauvries d’Afrique comme dans les sphères des idéologies révolutionnaires et les zones en crise d’Amérique latine, on entend surgir les mêmes doutes, les mêmes remises en question et les mêmes révoltes contre l’économie comme théorie et comme pratique dans le tissu des relations sociales aujourd’hui. Il s’agit, en fait, d’exprimer fortement et puissamment le désir de nouvelles perspectives de vie et d’action pour un nouveau monde possible.
 Partout, la conviction ardente est celle-ci : 
la rationalité néolibérale et l’économie qu’elle configure comme système de monde est une catastrophe. Il est indispensable de refonder l’économie du Marché sur de bases saines pour ouvrir à l’humanité l’ère d’une nouvelle vision du monde et d’une nouvelle base de liens économiques solidaires.

Deux célèbres prix Nobel américains d’économie viennent de se joindre à la grande vague contestatrice et innovatrice : George Akerlof, professeur d’économie à Berkley, et Robert Shiller, professeur d’économie et de finance à Yale. Ils présentent le problème de l’économie selon une vision qui va plus loin que la simple critique du néolibéralisme actuel. Leur critique vise les mécanismes de fond de l’économie en tant que Marché de dupes, selon le titre de leur ouvrage dont la traduction en français est sortie aux Editions Odile Jacob, à Paris, en cette année 2016. Le sous-titre de l’ouvrage est plus explicite encore : L’économie du mensonge et de la manipulation.

Le mensonge et la manipulation comme cœur de l’économie aujourd’hui. 

Le cœur du livre, ce sont justement le mensonge et la manipulation devenus actuellement le cœur du tissu relationnel dont le Marché comme réalité économique essentielle entretient les ressorts à partir de cette réalité simple : la soif du profit et tout l’arsenal d’inventions, d’ingéniosités, de subtilités et de manœuvres insidieuse qu’il faut imaginer pour arnaquer les clients. L’économie devient ainsi un univers social truqué et manipulé, un système « pavé de mensonges ». 
« Nous sommes tous dans l’obligation de naviguer dans ce système si nous  voulons préserver notre intégrité et notre dignité d’êtres humains, et nous avons tous besoin de trouver une inspiration qui permette de tenir bon au milieu de la folie qui nous entoure ».

Au fond, Akerlof et Shiller s’engagent sur la voie d’une critique éthique sans concession d’un système auquel, d’une manière ou d’une autre, tout le monde participe en tant que consommateurs, clients ou vendeurs au sein de nos sociétés contemporaines. Mais  sommes-nous conscients de ce que le Marché fait de nous et nous fait faire dans les choix que nous faisons et dans les décisions que nous prenons ? Sûrement pas. Souvent, ​« les gens prennent des décisions qui ne sont pas dans leur intérêt le mieux compris » ; « ils ne font pas le choix de ce qu’ils désirent vraiment. Ces mauvaises décisions font qu’il est facile de les tromper ».
Effectivement, tout le champ économique est devenu le champ où tout est fait pour tromper les consommateurs et les amener à prendre des décisions qui ne sont pas dans leur intérêt mais dans l’intérêt de ceux qui leur proposent des produits à acheter sur le marché.
Au cœur de ce processus, le principe  est simple : ​« c’est la notion de l’équilibre du marché ».
« Pour l’illustrer,
écrivent Akerlof et Shiller, nous allons prendre l’exemple de la file à la caisse du supermarché. Quand nous arrivons à la caisse, il nous faut généralement quelques instants pour choisir notre file d’attente. La décision n’est pas facile car elles sont presque toutes à la même longueur, formant une sorte d’équilibre. Il y a équilibre pour la raison simple que les personnes arrivant à la caisse choisissent chacune à leur tour la fille la plus courte ».
Cette expérience de tous les jours, à laquelle personne ne fait attention, révèle pourtant quelque chose de fondamental sur la manière dont se conduisent les acteurs économiques pour s’inscrire dans la logique économique du profit.
« Quand les entrepreneurs font le choix de leur domaine d’activité commerciale – et quand ils élargissent ou contractent leur activité existante -, ils choisissent (comme les clients à la caisse) les meilleures opportunités. Et cela crée un équilibre. Les opportunités de profits rares disparaissent rapidement et deviennent donc difficiles à trouver. Ce principe, et l’idée d’équilibre qu’il implique, est au cœur de l’économie. »
C’est lui qui a conduit le marché à se développer comme marché de dupes. Dans la mesure où les opportunités de profit se raréfient avec l’équilibre, elles deviennent le cœur de ce que l’on recherchera avec le plus d’ardeur, particulièrement grâce au mensonge et à la manipulation, en faisant prendre aux consommateurs des décisions qui ne sont pas dans leur intérêt parce qu’elles sont inspirées, dictées, inoculées et répandues par ceux qui ont intérêt à faire faire aux autres des choix non réfléchis ni fondés.
« Cela signifie qui si nous avons une faiblesse – une faille qui fait qu’on peut nous tromper afin de réaliser un profit supérieur au profit habituel -, il se trouvera toujours quelqu’un, dans l’équilibre du marché des dupes, pour en tirer profit. Parmi tous les entrepreneurs, commerçants et autres hommes d’affaires qui, métaphoriquement, arrivent au niveau de la caisse, regardent autour d’eux et décident où et comment investir leur argent, certains vont se demander s’ils ne pourraient pas faire des profits inhabituels en arnaquant les gens. Et s’ils repèrent une opportunité de la sorte, c’est cette « file d’attente » (au sens métaphorique encore une fois) qu’ils choisiront ».
Se crée ainsi un esprit, une logique et une vision du monde où le marché devient marché des dupes « où toutes les occasions d’un profit supérieur à l’ordinaire seront saisies ». Tout sera bon pour saisir cette occasion et notre monde a fait de ce principe de profit le principe sacré du Marché. 
C’est là le cœur du système et pas seulement une tentation spécifique à quelques personnes futées et roublardes.
Dans tous les domaines, on cherchera à exploiter les faiblesses psychologiques et les déficits informationnels ou structurels pour arnaquer « les gens », susciter de faux désirs, créer de récits fantaisistes, présenter de fausses inventions et ouvrir de horizons de faux espoirs pour vendre et s’enrichir.
Les exemples sont légions dans le monde : « abonnements trop coûteux, médicaments inutiles voire dangereux, produits ou services faussement innovants, crédits bancaires pourris », objets de faux luxe hors prix, voyages de rêve sans justification, bas prix pour compagnie d’aviation afin d’activer l’envie de dépenser de l’argent dans des vacances non indispensables au cœur des horizons lointains.
Tout cela marche dans un contexte où tout est fait pour conditionner les désirs de manière factice ou spécieuse, grâce à de nouvelles sciences comme le marketing, la psychologie des affects ou l’étude des structures de la libido desirandi chez les clients : tout un monde où les inventions, toujours plus ingénieuses les unes que les autres, créent  une société dominée par l’économe des dupes. Dans cette société, « nous ne désirons pas vraiment ce que nous désirons, mais nous désirons ce que nous croyons désirer parce il y a des gens qui on décidé de nous le faire désirer, souvent contre nos intérêts véritables ».
Akerlof et Shiller étudie toute la société américaine du point de vue de la psychologie de faux désirs, où le mensonge et la manipulation alimentent l’inconscient des dupes, anéantissant ainsi les capacités rationnelles et éthiques des personnes ainsi que leur force de donner un sens à leur vie sur la base de leurs intérêts véritables. L’omniprésence de la publicité dans la société est l’expression de l’omniprésence du marché des dupes. L’alimentation et la consommation des médicaments sont envahies par l’esprit de duperie généralisée. Le commerce des voitures, le crédit au logement et les cartes de crédit nourrissent la société des dupes. Le commerce du tabac et d’alcool, tout comme le monde du jeu et des machines à sous, sont aujourd’hui le cœur de l’économie de l’arnaque. Même la politique est devenue une duperie collective où l’on vend des candidats à force de mensonge et de manipulation. Au fond, c’est toute la société qui est sous l’emprise de la duperie comme cœur de l’économie.

L’économie de la globalisation : une planétarisation du mensonge et de la manipulation

Si nous nous sommes penchés sur l’analyse faite de l’économie par Akerlof et Shiller, ce n’est pas juste par plaisir de la connaissance face à la manière dont fonctionnent les rouages de l’économie en Amérique. C’est surtout parce que ce fonctionnement est au cœur de l’économie néolibérale qui s’est aujourd’hui planétarisée, entraînant l’Afrique dans un système qu’il subit sans en comprendre la substance, au point de dériver vers les profondeurs des irrationalités socioéconomiques, sociopolitiques et socioculturelles que personne ne contrôle plus. 
Cette  substance, c’est avant tout le dévoiement total d’une société où « la concurrence des marchés est telle que toute opportunité de profit est  systématiquement exploitée, résultant trop souvent en un marché de dupes », sans aucune « main invisible » à la Smith pour maintenir l’équilibre du marché de manière positivement optimale. Dans ce système, l’Afrique subit le poids de tous les mensonges et de toutes les manipulations afin qu’elle fasse des choix et prennent des décisions qui ne sont pas dans son intérêts bien compris.
La structure fondamentale des relations entre le franc CFA et le franc français puis  l’Euro, par exemple, est une structure de l’arnaque en permanence et du marché des dupes : elle livre le continent africain entre les grilles des desiderata extérieurs dans le commerce mondial.
Tout le système de la détérioration des termes de l’échange est un choix où l’Afrique a cru agir en fonction de ses intérêts de continent pauvre alors que ses propres désirs et tous les mécanismes de l’information dont elle dispose sur le fonctionnement des institutions financières et commerciales mondiales sont en réalité un vaste mensonge.
Les politiques de développement fondées sur l’aide, que les pays africains reçoivent depuis leur indépendance, sont un vaste bluff où s’entretient et s’auto-génère un système de domination et d’exploitation : l’élite dirigeante en Afrique y a été roulée dans la farine du développement du sous-développement, selon la juste expression de dirait Théophile Obenga.
Les programmes d’ajustements structurels, qui furent imposés au continent comme une cure salutaire, n’ont été que de la poudre dans les yeux pour siphonner les richesses africaines dans la perspective du remboursement d’une dette inique que les peuples d’Afrique n’ont en réalité jamais contractée.
L’arrimage de l’Afrique à l’économie néolibérale à travers plusieurs accords bilatéraux ou multilatéraux complètement déséquilibrés n’a servi qu’à maintenir un peu la tête des pays africains hors de l’eau, sans jamais intégrer le continent dans la dynamique d’une réelle concurrence économique, commerciale et financière en vue du développement.
Même le grand tintamarre sur l’émergence des sociétés africaines pour les années qui viennent n’est qu’un conditionnement pour que les Africains se regardent avec les yeux des autres et fertilisent leurs désirs avec les désirs des autres en vue de se doter d’une multitude des choses inutiles que la modernité actuelle veut imposer à toute la planète comme le nouveau standard matériel de la réussite.
Dans la situation d’ensemble du monde d’aujourd’hui, l’ordre du marché des dupes a joué a fond sur l’idée que les pays riches et puissants se font de l’Afrique et sur l’idée que l’Afrique se fait d’elle-même, globalement. On a beau affirmer que l’Afrique n’est pas monolithique et que la mondialisation néolibérale y est vécue selon des logiques fort diversifiées où certaines nations tirent leur épingle du jeu pendant que d’autres y étouffent, la vérité fondamentale est qu’il existe une même enseigne de fond qui détermine le destin des Africains aujourd’hui : le marché des dupes, l’économie du mensonge et de la manipulation.
Comme cadre mondial, la logique de ces réalités a créé une certaine anthropologie qui caractérise l’homme africain : elle a construit des structures anthropologiques d’extraversion et d’aliénation volontairement acceptées dont vivent les sociétés africaines sans que cela leur pose problème. Il y a des peuples et des pays africains qui y trouvent leur bonheur ; il y en a d’autres qui y aspirent avec joie ; ceux qui comprennent ce qui se passe et refusent la logique ambiante sont forcés de se courber. Personne n’échappe au mensonge et à la manipulation. Cela s’appelle la globalisation et le continent africain y a sa place. Cela veut dire concrètement que l’Afrique est le dindon de la farce économique mondiale. Comme diraient Akerkof et Shiller, «toute occasion de faire des profits à nos dépens est systématiquement saisie ». Nous le savons. Nous le vivons. Nous l’acceptons au point que cela est devenu notre être.
Cette anthropologie détermine la psychologie africaine aujourd’hui. Il suffit de voir à quel point nous aimons dans nos pays manger ce que nous ne produisons pas, éduquer nos enfants avec les idées et la culture des autres, adorer les « griffes » de vêtements exotiques, aller nous faire soigner dans les pays riches au lieu de construire nos propres grandes structures de santé grâce à nos recherche est au génie de notre cerveau, pour comprendre que la psychologie d’envoûtement et de fascination par ce qui devient aujourd’hui la culture mondiale a détruit les exigences de notre génie créateur. Nous sommes alors manipulables à l’envi, malléables à merci et toujours prêts à nous juger dans le miroir des autres. Psychiquement, comme disait Ki-Zerbo, nous sommes assis sur la natte des autres. Kange Ewane ajoute : nous sommes dans la nasse des autres, sans possibilité d’assumer notre liberté inventive.
Il ne s’agit pas ici de structures de notre psychologie seulement. C’est toute notre sociologie qui est ainsi structurée : nos sociétés ont rompu avec leur propre centre de décision, de choix et d’action, dans un conditionnement d’extraversion que nous ne remettons même plus en cause. Ainsi est le monde et nous ne pouvons rien y changer, disons nous à longueur des journées et des années africaines.
Toutes ces choses, les chercheurs africains en sont conscients depuis des décennies et ils les disent. Depuis des années, la littérature sur le refus de l’aliénation et de la duperie mondiale est abondante. Pourtant, les choses ne changent pas. Pourquoi ?

Pourquoi les choses ne changent pas

La réponse à la question de savoir pourquoi nous n’arrivons pas à nous déconditionner de la psycho-socio-anthropologie qui détermine nos attitudes au cœur de l’économie du mensonge et de la manipulation est d’un triple ordre.
Elle est avant tout d’un ordre général que l’on observe dans les sociétés qui ont été soumises longtemps à l’esclave sous une forme ou sous une autre : il y est difficile pour les individus de changer d’esprit et de comportement pour devenir véritablement libres et assumer tous les efforts et tous les sacrifices que la liberté exige quand les conditions d’esclavage offrent un certain espace de vie et de sérénité où tout est décidé  par quelqu’un d’autre à votre place. Il y a alors une accoutumance à une certaine passivité de vivre sans responsabilité et de livrer à d’autres l’orientation de son propre destin. Une telle attitude de servilité intérieure a quelque chose de suave sur lequel « surfent » le mensonge et la manipulation dans la société. Ce n’est pas seulement dans le domaine économique que l’on peut intérioriser facilement le syndrome de la servitude et se laisser imposer des désirs et des rêves par des forces du marché. C’est dans tous les domaines de la vie sociale que la servitude devient un mode d’être, faute de réflexion et du sens de la décision libre conforme à ce qui est  vraiment bon pour soi. Il suffit de voir comment se comportent les élites dirigeants des pays dominés  d’Afrique dans leur inféodation au mode de vie et au cadre culturel occidental pour se rendre compte que nous sommes devant des esclaves heureux de leur servilité et sereins d’occuper les positions qu’ils occupent dans l’ordre mondial. Ils n’ont même plus conscience qu’ils n’agent dans une ambiance d’esclavage et qu’ils sont susceptibles, de par leur statut même, d’être l’objet de l’arnaque, du mensonge et des manipulations qui fondent le marché des dupes, la vie des dupes et la culture des dupes. S’il en est ainsi des élites, comment peut-on espérer que les populations vivent autrement et rêvent de liberté créative en dehors des mailles du système de servilité moderne ?
Quelque chose d’autre est visible dans nos sociétés et explique l’attitude généralisée de servilité : toutes nos institutions éducatives africaines sont faites pour valider et promouvoir la psycho-socio-anthropologie de la servilité qui rend l’Afrique complètement dupe de sa situation dans le monde. L’orientation de l’éducation, c’est la recherche de la réussite individuelle à l’occidentale. Toutes les générations, depuis le temps des « évolués » sous la colonisation jusqu’à nos jours, étudient pour avoir une place au soleil de la servilité imposée par le mode de vie de l’Occident. Personne ne pense que la force de l’école pourrait être de changer l’ordre de nos rationalités, de nos valeurs de société et du sens de notre vie en faveur d’un autre monde possible. Ce qui compte, c’est la chaleur et la ferveur de vivre dans le monde tel qu’il est et de se soumettre à ses lois de la domination pour vivre bêtement heureux, sans faire de vagues, comme dit le langage populaire. D’où le lien entre l’idée de réussite sociale à laquelle prépare l’éducation à l’école et l’idée de disposer d’une bonne place dans le monde du mensonge et de la manipulation dont le champ économique est le grand symbole dans la modernité.
On ne voit même plus que cette modernité est engluée dans des contradictions qui détruisent tout sens éthique du vivre ensemble un même ordre de l’humain, toute perspective de construire des rationalités efficaces dans l’édification d’une humanité solidaire et toute idée de la recherche d’un sens commun à la destinée humaine à l’échelle planétaire. Sans de telles perspectives, il est impossible de comprendre pourquoi la liberté est préférable  à l’esclavage et pourquoi un autre monde possible est meilleur que l’ordre présent qui a érigé le profit individuel et les logiques mafieuses en normes de mensonge, de la manipulation et de la duperie.
Une autre raison d’accoutumance de l’Afrique à l’esclave dans le marché des dupes, c’est le monde de gouvernance dans lequel les Africains baignent depuis le surgissement de l’Occident dans notre trajectoire historique. Depuis l’ère de la traite des esclaves jusqu’aux dictatures militaires et aux pouvoirs autoritaires d’aujourd’hui, nous n’avons jamais expérimenté les exigences de la liberté. Nos réflexes sont restés ceux de la peur et du refus de la responsabilité, terreau de tous « les biais psychologiques » qui rendent nos sociétés, leurs chefs et leurs populations, largement poreuses au mensonge et aux manipulations dans tous les domaines.

Acteurs d’une économie de la prédation et de la corruption

Il y a plus. Loin de n’être que des victimes innocentes d’une histoire qui nous a fabriqués tout au long des derniers siècles de la modernité, nous sommes aussi devenus nous-mêmes acteurs dans une autre configuration de monde que nous avons créée comme ordre économique et système social :l’économie de la prédation, de la fraude, des détournements et du vol organisé au sein d’une société de corruption.

Mobiliser les forces de l’intelligence contre le néolibéralisme de l’absurde 

On comprend que l’urgence aujourd’hui, c’est d’investir dans l’éducation et dans les forces de l’intelligence afin de penser un ordre économique africain nouveau capable de juguler les affres de l’économie de la manipulation et du mensonge et de détruire tout l’ordre de l’économie du vol et de la corruption que le néolibéralisme de l’absurde impose de plus en plus dans des pays comme la République Démocratique du Congo. C’est un combat pour une nouvelle société africaine globale.
Les principes de cette société à bâtir sont ceux-ci, globalement parlant :

  • Enseigner le sens de la liberté créatrice qui prenne de la distance par rapport à tout le système de servitude que les Africains subissent sans jamais le remettre en cause. L’éducation à la liberté créatrice dans tous les milieux où un nouvel homme africain doit voir le jour est une des priorités majeures de l’action du changement de notre continent aujourd’hui. L’Afrique a besoin de jeunes qui comprennent la responsabilité individuelle et le pouvoir d’action dont chaque personne dispose pour inventer l’avenir.
  • Enseigner l’éthique des liens qui a été la base de la culture africaine en ses périodes de grandeur et qui consiste à faire de l’action communautaire l’énergie pour changer ensemble la société.
  • Enseigner l’économie, la politique et la culture du bonheur partagé comme la substance de la nouvelle société africaine que les nouvelles générations devront bâtir.
  • Enseigner des utopies, des rêves et des mythes à promouvoir pour qu’une nouvelle société naisse, particulièrement l’utopie, le rêve et le mythe de la renaissance africaine dans un autre monde possible.

Aujourd’hui, les principes ne suffisent pas, il faut des pratiques dans lesquelles ils prennent corps. Cela signifie que les forces de l’intelligence africaines et les nouvelles générations d’Africains sont appelées à changer l’Afrique par des initiatives nouvelles visibles, grâce auxquelles elles ne parleraient pas de l’avenir comme un vœu pieux, mais comme un combat ancré dans des programmes concrets d’action. Si chaque jeune africain ne parlait de l’Afrique nouvelle qu’au cœur d’une action de changement visible ici et maintenant, de nouvelles orientations s’imposeraient vite pour casser les reins du système économique mondial en Afrique et du néolibéralisme de l’absurde.  La devise d’action devrait être : « Dis-moi dans quelle action de changement tu es engagé et je te dirais qui tu es ».

Enfin, la bataille de l’édification de nouvelles institutions de gouvernance démocratique et de gestion économique responsable est aujourd’hui la plus haute bataille qui soit pour les générations montantes. Elle consiste à unir les mouvements de la société civile pour des propositions concrètes en vue de vaincre les pouvoirs autoritaires et les régimes despotiques qui n’ont plus droit de cité dans l’Afrique d’aujourd’hui. En même temps, ce combat est celui d’une action dans tous les  terroirs de la société africaine pour une éducation culturelle autour du nouvel esprit africain à promouvoir. 

fait à Goma, le 14/11/2016

Prof. Godefroid KA MANA

 

Commentaires

Le professeur Stephen ADEI (Ghanéen) disait l'Afrique après 50 ans des indépendances et plus de 100 ans du Christianisme, se trouve là ou elle est à cause de la crise du leadership. Le reste est les conséquences (corruption, manque de vision, incapacité d'analyse, népotisme, tribalisme, ...)
Et Madame Ellen Johnson d'ajouter l'Afrique n'est pas pauvre, mais elle souffre d'une pauvreté managériale.
Le leadership et le management sont comme deux bras du corps, le bras droit et le bras gauche. Si l'un des bras est coupé, vous devenez d'office handicapé, déficitaire dans la réalisation de certaines taches.
C'est le tableau que nous vivons jusqu’à ce jour (la longévité des chefs d’États Africains au pouvoir pendant que le pays ne fait que sombrer dans le désespoir, dans la misère et dans la dépendance (attentisme).

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