Affaire des frontières

Cette semaine, on a (encore) beaucoup parlé des frontières. A plusieurs niveaux, dans des fora différents, parfois même de façon inconsciente. Je m’en vais en relever quelques-unes, de ces frontières, qui ont été au centre des débats.

1. La frontière orientale de la RDC et la gestion des flux des personnes et des biens transfrontaliers

La CEPGL, la Communauté économique des Pays des Grands Lacs, qui regroupe trois pays, le Burundi, la RDC et le Rwanda, vient d’organiser une rencontre à Bujumbura. Les responsables des migrations des trois pays y ont discuté des problèmes actuels de gestion des frontières communes, sur fond de cette polémique née de l’imposition d’un visa aux ressortissants rwandais exerçant une profession (y compris les étudiants) même en itinérance par les autorités congolaises. Ces dernières ont aussi dû s’expliquer sur la réduction des heures d’ouverture des frontières qui sont passées de 24h/24 à 12h/12. Alors, visa ou pas visa ? 24h/24 ou pas ? Les populations des 3 pays qui vivent de part et d’autre des frontières, qui vivent à la frontière et de la frontière, attendent les réponses concrètes à ces questions. Car dans ces débats, les intérêts des populations doivent, devraient primer sur les politiques qui, souvent, se conçoivent loin, très loin des frontières.

2. La démarcation de la frontière entre les villes de Goma (RDC) et de Gisenyi (Rwanda)

Ces deux villes, à force d’évoluer de façon –je dirais anarchique- ou plus positivement « spontanée », sont passées du statut de  « villes jumelles » à l’état de «villes siamoises ». Les frères ou sœurs siamois (es) sont ces enfants qui non seulement naissent le même jour (ils sont jumeaux au départ) mais aussi sont collés, soudés, indifférenciés au niveau d’une partie de leur corps, parties qu’ils ont en commun. Ils peuvent avoir un seul thorax, ou un seul ventre ou encore une tête commune, etc.  Pour les sauver et les maintenir en vie, il faut absolument une intervention chirurgicale. Très délicate.

C’est cet exercice qui a été confié à une équipe mixte d’experts. Pour délimiter deux villes dont certaines maisons ont leurs chambres à coucher en RDC et leur salon au Rwanda ! Tâche délicate mais nécessaire pour assurer une vie saine à ces deux belles villes.

3. Les frontières insidieuses

D’autres petites frontières ont attiré mon attention cette semaine. En voici une : un délégué de la province du Sud Kivu à cette équipe mixte d’experts en a été exclu, avant d’y revenir, sur fond d’une polémique qui m’q donné le frisson. Muller Ruhimbika, conseiller du Gouverneur Marcellin Cishambo, aurait été expulsé de la salle sur ordre du gouverneur Julien Paluku du Nord Kivu. Muller Ruhimbika assure avoir été écarté de l’équipe du fait de son appartenance ethnique –il est Munyamulenge- ce que le Julien Paluku dément avec véhémence. J’ai lu les échanges entre les deux camps. J’ose espérer que ce n’est pas vrai, que des  frontières  de ce genre sont déjà dépassées. Car, comme aime à le dire Ousmane Sy, cet Africain du Mali aujourd’hui ministre de la Ville et de la Décentralisation dans son pays, « les frontières, il ne faut pas les effacer ; il faut les dépasser » !

Bon dimanche à tous.

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