Beni : le deuil permanent

Beni : le deuil permanent
La semaine qui s’achève a été un véritable cauchemar pour le territoire de Beni, au Nord-Kivu, cette entité qui est en passe d’avoir le sinistre record de « territoire le plus dangereux de la République démocratique du Congo ». La criminalité y est banalisée, l’impunité est en voie d’y être sacralisée, le deuil y est devenu presque permanent, ponctué par des répits, très courts, mis à profit par les survivants pour d’interminables exodes.
Le dernier massacre remonte à 48 heures. Le vendredi 8 mai 2015, sept civils ont été massacrés à l’arme blanche (hache, machette, bêche) au quartier Matembo, dans la commune urbaine de Malekera, à quelques encablures de l’aéroport de Mavivi, à Beni-Ville. Les victimes étaient toutes de la communauté Ngiti, très présente en Province Orientale, voisine du territoire de Beni.
Avec ces nouvelles exécutions sommaires, le bilan des tueries à Beni dépasse désormais les 300 morts depuis le début de l’année civile en cours, soit une moyenne macabre de 60 morts par mois, soit encore 2 assassinats par nuit (ou par jour) !
Mais cette semaine, mes meurtres ont franchi un autre cap, en s’élargissant à la « Communauté internationale ». En effet, le mardi 5 mai 2015, sur le tronçon Eringeti-Beni, dans la localité de Kisiki-Mayibo, une patrouille de la FIB est tombée dans une embuscade tendue par des inconnus (des « hommes en uniforme non autrement identifiés », selon le code en vigueur). Le bilan est de 2 casques bleus tués, 13 de leurs frères d’armes, tous Tanzaniens. Dans la foulée, 3 civils congolais qui se retrouvaient sur le même tronçon (un motard, un chauffeur et son assistant). La veille, l’hélicoptère du Général Cruz, commandant militaire de la MONUSCO, avait essuyé des tirs dans la même zone de Beni, sans faire de victime.
« Je condamne les tirs contre un de nos hélicoptères sur le territoire de Beni… Cette attaque délibérée contre le personnel des Nations –Unies est inacceptable et intolérable ! », s’est indigné avec une véhémence légitime Martin Kobler, le « boss » de la mission onusienne. « Il faut absolument arrêter ce cycle de violence qui perturbe non seulement la quiétude de paisibles citoyens de Beni mais bien plus qui constitue un véritable frein aux multiples projets de développement entrepris par le gouvernement provincial du Nord-Kivu », assène Julien Paluku, le gouverneur du Nord-Kivu.
Mais au-delà de ces imprécations, plusieurs questions se bousculent dans les têtes, dont la principale est : « Qui fait ça ? » Oui, qui est l’auteur de ce carnage des civils dans le territoire de Beni ? Si ce sont les rebelles ougandais de l’Allied Democratic Forces(ADF) comme on le dit, pourquoi restent-ils d’une si terrible efficacité en dépit des opérations « Sokola » présentées comme une réussite par l’armée congolaise ? Est-ce que ce sont les mêmes égorgeurs à la machette qui ont tiré sur l’hélicoptère de la Monusco avant de pulvériser à la roquette le camion des Casques bleus tanzaniens ?
Le territoire de Beni, c’est 7 484 km2 avec beaucoup de montagnes, dont le massif du Rwenzori et beaucoup de forêts, avec leurs bois précieux. C’est aussi la rivière Semliki dont le lit regorgerait une grande quantité d’or alluvionnaire. Il a donc tout pour attiser les convoitises et pour sanctuariser les malfrats de tous genres.
Mais est-ce une raison suffisante pour que ce territoire continue à être la terre du deuil permanent ?
Bon dimanche !
Ones

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