De la legitimite du pouvoir

DE LA LEGITIMITE DU POUVOIR
Cette semaine a été marquée à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, par la redistribution des cartes au niveau politique. I l y a eu d’abord le remaniement du gouvernement provincial. Deux ministres ont fait leur entrée, deux autres ont été sortis. Et des réaménagements ont été faits, avec quelques permutations à la clé.
Ainsi donc, si d’autres « nécessités » et d’impérieuses « urgences » n’interviennent pas d’ici janvier 2016n c’est cette équipe qui va être aux côtés de Julien Paluku et FellerLutaichirwa, respectivement gouverneur et vice-gouverneurs élus en 2006, pour diriger la, province et répondre aux attentes –multiples mais désabusées- des populations. Les routes, la sécurité physique, l’eau, l’électricité, l’accès aux soins, la justice… autant de pains brûlants sur la planche de la nouvelle équipe, une planche qui serait glissante si la redevabilité des gouvernants était un principe et une valeur cardinaux comme partit ailleurs.
Défis que ladite équipe se devrait de relever pour que les populations disent que ce remaniement était utile et urgent, pour que les populations renouent des liens de confiance avec la chose politique.
Il y a ensuite eu la nomination des chefs des 18 quartiers de la ville et de leurs adjoints. 36 hommes et femmes dont on attendrait davantage d’engagements pour résoudre de manière participative les problèmes endémiques de leurs quartiers et de référer « à qui de droit » ceux qui dépassent leurs pouvoirs. Dans un des quartiers, à Katindo, certains habitants ont manifesté leur opposition à ,la nomination d’un nouveau chef, à la place de celui qu’ils avaient « élu » dans un contexte particulier d’insécurité à laquelle il avait réussi à mettre un terme. Cette élection était une exception, à laquelle les nouvelles nominations viennent de mettre fin.
Loin de Goma, à Walikale, près de 200km à l’ouest, deux prétendants au trône de chef de groupement –une chefferie coutumière- s’étripent, plongeant leurs « sujets » dans la perplexité la plus complète ; ils ne savent plus à quel chef coutumier se vouer, et le cas est loin d’être spécifique dans ce groupement de Kisimba.
Arrêtons-nous là-bas, et faisons un peu de calcul. Le remaniement du gouvernement provincial concerne 10 personnes, les ministres (auxquels il faut ajouter leur personnel politique) ; celui des chefs de quartiers concerne 36 personnes (18 titulaires et 18 adjoints) ; à Kisimba, 2 prétendants se disputent une chaise. Au total, 48 personnes.
Face à cette demi-centaine d’hommes et de femmes, près de quatre millions de Nord-Kivutiens scrutent le nouveau gouvernement provincial, un gros million de Gomatraciensobservent les 36 chefs et sous-chefs de quartiers, à Kisimba, les habitants suivent d’un regard angoissé la guerre de légitimité entre les deux princes. Tout ce beau monde a en commun les nombreux défis au quotidien que nous avons énumérés. Et ils ont en commun le pouvoir et la capacité de juger de la légitimité de ceux qui ont le pouvoir et ceux qui y prétendent en fonction des réponses qu’ils recevront de leur part. Parce que ce qui fait la différence entre la légalité et la légitimité, c’est le critère éthique et le mérite rattachés à la seconde, qui s’évaluent à l’aune des résultats et non aux dispositions des textes des lois.
Bon dimanche !

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