De nécessité de valoriser les Initiatives Locales

Une petite victoire, pour commencer
L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et les communautés riveraines du Domaine de Chasse de Rutshuru (DCR)  viennent de lancer les travaux de démarcation entre les exploitations agricoles et l’aire protégée du Parc national des Virunga, P.N.Vi. A l’arrivée, une clôture électrique sera érigée avec comme objectif d’empêcher les éléphants du P.N.Vi d’envahir les cultures des exploitants agricoles d’une part et, d’autre part, empêcher ces mêmes exploitants agricoles, qui ont sérieusement grignoté les terres du DCR au point qu’il n’en reste pas grand-chose, de poursuivre leur entreprise d’envahissement jusqu’au Parc. Ceci est l’aboutissement d’un long processus de négociation et de médiation auquel Pole Institute a pris une part active, avec la participation de toutes les parties prenantes (ICCN, communautés locales, WWF, chefferie du Bwisha). Un petit pas dans le bon sens, en attendant de trouver des pistes de solution durables pour répondre à l’épineuse question foncière qui se pose avec acuité dans ce milieu de Rutshuru où les terres sont rares et les populations coincées entre le Parc, les plantations et les agglomérations.

Ceci est surtout l’illustration d’une évidence : les initiatives locales peuvent aboutir à des résultats positifs. Une évidence qui, par un snobisme stupide, nous ignorons presque systématiquement.
 
Un tropisme dangereux : le recours à l’extérieur

Le tropisme, chez les plantes ou certains animaux, est une réaction d’orientation, sous l’influence d’un agent externe.  C’est une tendance [ ]d'un organisme à croître (surtout d'une plante) dans une direction donnée, par exemple vers le bas ou vers la lumière. Dans le cas de notre réflexion de ce dimanche, nous constatons une fâcheuse tendance générale à tourner nos attentes vers des « agents externes », une sorte d’  « extériotropisme ». Ces agents externes, cette lumière ou cette pesanteur qui nous attire systématiquement et nous paralyse sont appelés « Communauté internationale », un concept vaseux, dont  la compréhension  dépend de celui qui l’évoque. Disons simplement que la Communauté internationale, est réduite aux puissances mondiales, elles-mêmes réduites aux puissances occidentales (et la Chine ? et le Japon ? et le Brésil ?). En RDC, la réduction est plus drastique : la Communauté internationale, c’est la MONUSCO et les ONG internationales !!!

Mutarule, défi pour les initiatives locales

Nous venons de l’apprendre avec stupeur. Une fois de plus la petite localité de Mutarule, dans la plaine de la Ruzizi au Sud Kivu, vient d’être frappée par une violence aveugle, révoltante : des énergumènes  se sont introduits par la fenêtre dans une maison endormie et en ont massacré les occupants. Six morts, d’une même famille !

La communauté internationale, par la bouche de M. Martin Kobler, le Patron de la MONUSCO, a été aux premières loges pour condamner le forfait et crier sa colère, tout en appelant les habitants au calme, et bla bla bla ! Les bouches congolaises ont été moins loquaces sur le sujet. Et pourtant nous savons que malgré toute sa bonne volonté et toute son énergie, le diplomate allemand ne peut pas, à lui tout seul ou avec toute sa MONUSCO, résoudre l’équation à multiples inconnues de Mutarule. Les acteurs et les enjeux de ce jeu de massacre qui se déroule dans la plaine de ma Ruzizi ne peuvent être bien identifiés que par les locaux et les élites provinciales et nationales qui, pour quelques-unes, tirent les ficelles dans l’ombre.

Vivement donc des initiatives locales ! vivement l’inversion des tropismes !

Bon dimanche !

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