DES FRONTIERES : ENTRE DEMOLITIONS ET DECONSTRUCTIONS

DES FRONTIERES : ENTRE DEMOLITIONS ET DECONSTRUCTIONS
Cette semaine, à partir du jeudi 27 août 2015 très précisément, les experts de la province du Nord-Kivu ont entrepris la démolition des constructions anarchiques érigées dans la zone neutre entre les villes de Goma (RDC) et de Gisenyi-Rubavu (Rwanda). Cette mesure vient concrétiser les résolutions prises en 2009 par une commission mixte formée d’experts des deux pays en vue de démarquer de façon très claire la frontière entre les deux pays telle que dessinée par leur commun colonisateur (et diviseur des frontières), la Belgique en 1911.
Pour démarquer les deux frontières, une zone neutre de 12,5 mètres a été prévue, soit 6,25m de chaque côté. Mais depuis fort longtemps, au vu et au su de tout le monde, la zone neutre s’est réduite comme peau de chagrin, avant de disparaître sous les flots des constructions. Les deux villes, conçues pour être jumelles, se sont retrouvées, du jour au lendemain, siamoises. A part que cette anomalie s’est développée au fur et à mesure de la croissance et non à la naissance comme pour les autres cas de jumelage siamois. Certaines maisons se sont retrouvées avec leur salon en RDC et la chambre à coucher au Rwanda, et vice versa. Certains habitants, veinards, n’avaient qu’à ouvrir leur portail pour se retrouver en terre étrangère, chez les voisins, sans autre formalité ni visa (il n’ y a pas de visa entre les deux pays, d’ailleurs)!
Dans cette partie de l’Afrique où les relations inter-Etats ont été troublées par des conflits violents ces dernières années, cette situation n’était plus tenable à terme. Les démolitions en cours étaient et restent inévitables et légitimes.
Mais, parce qu’il y a un mais, plusieurs questions se posent, et je les pose :
1. Pourquoi avons-nous laisser les constructions pousser et proliférer, y compris des villas huppées, dans la zone neutre ? Qui a octroyé les titres de propriété que certaines victimes des démolitions affirment détenir ?
2. Comment allons-nous gérer ces SDF, ces sans domicile fixe qui sont jetés sur les routes et dans les quartiers ? Ayant fermé l’œil droit lorsqu’ils construisaient dans la zone neutre, allons-nous fermer l’œil gauche pour ne pas les vois baluchons sur la tête, sans abri sous les pluies de septembre, le mois de la rentrée scolaire de nos enfants et de leurs enfants ? J’ai suivi avec ahurissement un des experts dire sèchement que ces gens n’avaient qu’à rentrer d’où ils étaient venus, que ceux qui sont venus de l’île d’Idjwi n’avaient qu’à reprendre le bateau et que 5$ suffisaient pour que le déguerpi de la zone neutre retrouve son terroir insulaire. Je n’en reviens toujours pas, ce discours sur les médias, ma rappelé les discours que je suis à longueur des journées en rapport avec les migrants en Europe…
Parlons maintenant des déconstructions. Pendant deux jours, du 27 au 28 août, un festival de film s’est tenu à Gisenyi –Rubavu. Co-organisé par Never Again Rwanda (du Rwanda) et Pole Institute (RDC) en faveur des jeunes des deux villes, le festival a été un succès retentissant. Pendant deux jours d’échanges, de dialogue et de réflexions sur les défis de la paix entre les deux pays et dans toute la sous-région, à partir des films, des pièces de théâtre et des chansons, les jeunes et les autres participants ont identifié qu’au-delà des frontières physiques, d’autres frontières séparent les peuples voisins. Ces frontières sont faites de haine, de peurs, de méfiance, renforcées par l’histoire récente faite de conflits ayant entraîné une compétition effrénée pour les terres, pour le pouvoir et d’importants mouvements des populations. Des frontières que les jeunes se sont promis de déconstruire. Le processus sera long, il sera certainement lent, mais il est engagé.
En soi, n’est-ce pas déjà une bonne nouvelle ?

Bon dimanche !

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