Du bon usage des élections

Du bon usage des élections
Cette semaine, ma réflexion porte sur les élections, contexte électoral oblige. Comme vous le savez, notre pays, la RDC, est en plein processus électoral. Un processus lancé depuis plusieurs mous mais qui a pris véritablement corps avec la ratification de la loi électorale par le président Joseph Kabila en février dernier. D’ici le 15 avril, les candidats députés provinciaux vont déposer leurs dossiers de candidature auprès des organes de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ; le point culminant étant évidemment la présidentielle de 2016. Car dans notre schème mental politique fortement centralisé, seule l’élection présidentielle compte. Et c’est elle qui cristallise les passions, mobilise les énergies, exacerbe les émotions et les attentes. Au point que les autres scrutins qui devront déboucher sur la mise en place des élus de proximité (qui devraient lancer enfin la décentralisation) sont considérés au mieux comme mineurs et au pire comme une perte de temps et une dilapidation des ressources (financières).
Mais il n’y a pas que la RDC à être dans la fièvre électorale et dans la focalisation sur des hommes forts, dont les mandats expirent inexorablement selon les prescrits des Constitutions de leurs pays respectifs. Ces hommes forts envisagent avec effroi leur reconversion en citoyens ordinaires, saluant au passage leur voisin dans la vie quotidienne. Chez nos voisins Burundais (Est) ou Congolais (Ouest), l’ambiance est électrique. En RDC, après l’alerte de janvier 2015 avec les manifestations sans équivoque contre tout schéma qui retarderait l’alternance au sommet de l’Etat en 2016, le vent semble être retombé, même si le bras de fer se joue ailleurs, entre des forces de renseignements devenus très nerveux qui arrêtent et embastillent tous ceux qui sont suspectés de trouble à l’ordre public.
Dans les deux pays ci-haut cités, les populations sont mobilisées, manipulées, divisées autour des noms des personnes, même pas autour des programmes. Même lorsque les textes des lois sont limpides comme de l’eau de roche… Ce ne sont que des textes, entend-on par-ci par-là. Autrement dit, le nom d’une personne compte plus qu’un texte d’une Constitution.
Mais si j’ai parlé du bon usage des élections, c’est parce que j’avais en tête ce qui vient de se passe au Nigéria, tout là-bas, à l’ouest du continent. La République fédérale du Nigéria (JamhuriyarTaraiyarNijeriya, en haoussa), c’est 177 millions d’habitants, c’est le pays le plus peuplé d’Afrique et le 7ème au monde, pour 932 768 km2. Ce géant d’Afrique a défrayé la chronique ces dernières années par sa sombre actualité, faite essentiellement de l’activisme macabre de la secte islamiste de Boko-Haram dans sa partie septentrionale.
Cette situation d’instabilité n’a pourtant pas empêché la tenue des élections générales au Nigéria qui, là-bas, ont commencé par la présidentielle. Le président sortant, M. GoodluckGoodluckEbeleAzikiwe Jonathan, 57 ans, chrétien et père de deux enfants, n’avait nullement besoin de bricoler la Constitution de son pays pour se présenter. Après avoir été vice-président de son pays pendant deux ans, il était au terme de son premier mandat de 4 ans et pouvait se représenter une fois (comme aux USA). Jonathan s’est donc présenté au nom du Parti démocratique populaire (PDP), a fait campagne et a été battu par son challenger, MuhammaduBuhari.
A 72 ans, MuhammaduBuhari, musulman du nord, polygame et père de 8 enfants, avait été président vers les années 80 à la faveur d’un putsch. Rentré dans la vie civile et dans l’opposition politique, il arrive au pouvoir après plusieurs tentatives infructueuses (2011, 2007 et 2003). Le Président Jonathan, avec un fairplay politique de haut vol, a reconnu sportivement sa défaite et félicité Buhari qui, en retour, lui a assuré qu’il n’avait rien à craindre de son prochain pouvoir.
C’est cela, le bon usage des élections : un jeu, avec des règles et des équipes. Les équipes, ce sont les partis politiques. Les deux résultats possibles, les seuls, c’est la victoire ou la défaite. Il n’y a pas de match nul possible. La victoire peut être nette ( Buhari 54%, Jonathan 45%) ou étriquée ( lors de la dernière présidentielle américaine, Barack Obama et Mitt Romney avaient chacun 49 %, le premier n’est passé que grâce au vote des grands électeurs).
L’essentiel, à la fin, n’est-il pas que le président élu soit le président de tous et non celui d’un clan ?
Je voudrais terminer par une note d’espoir. Le cas nigérian n’est unique ni exceptionnel en Afrique, heureusement. Dans la plupart d’ex-colonies britanniques, le bon usage des élections est entré dans… l’usage. Qui sait que les Tanzaniens préparent une présidentielle à laquelle le professeur JakayaMrishoKikwete n’est pas candidat ?
Bon dimanche et bonnes élections, Inch’Allah !

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