Du bon usage des élections : sentons-nous concernés !

Cette semaine je vais encore vous parler élections, actualité oblige. La semaine passée, j’ai évoqué deux exemples africains où les élections ont été organisées ou vont s’organiser dans le strict respect des règles du jeu. Il s’agissait d’abord du Nigéria. Dans ce grand pays d’Afrique de l’ouest, le président sortant, Jonathan, va passer le relai à la fin du mois de mai 2015 à son tombeur Buhari, venu de l’opposition. Pendant près de deux mois donc, le géant de l’Afrique de l’ouest aura deux présidents : un ex- qui continue d’exercer et un élu. Tous les deux attendent le délai constitutionnel pour faire la remise-reprise. Il s’agissait également de la Tanzanie, un de nos voisins de l’Est, où le sortant Kikwete, au bout de son second et dernier mandat, attend tranquillement que ses compatriotes désignent à qui il va remettre les clés du palais présidentiel.
Aujourd’hui je vais essayer de nous rappeler quelques aphorismes.
1. Les élections ne font pas la démocratie. A lui tout seul, l’acte de déposer un carton ou un bout de papier dans une boîte, à l’abri des regards indiscrets, n’est pas un gage de démocratie. C’est un aspect important, certes, à condition que d’autres suivent ou soient concomitants.
2. Il faut absolument que les électeurs soient concernés, c’est-à-dire qu’ils s’approprient cet exercice. Pour cela, ils doivent être informés et bien informés sur ce dont il s’agit. Jusqu’à ce jour, les débats se passent dans la sphère politique, souvent au niveau national. Les futurs électeurs, nous les futurs électeurs, sommes-nous véritablement informés des enjeux ?
3. Les hommes politiques se battent et débattent pour leurs intérêts ; or les élections de 2006 et de 2011 nous ont ouvert les yeux. Nous nous sommes rendu compte que les intérêts des politiciens sont rarement en phase avec les nôtres. Du coup se pose cette question : comment nous organisons-nous pour que cette fois-ci ceux que nous allons élire servent nos intérêts ? En d’autres mots, comment travailler pour que les élus nous prennent au sérieux, nous respectent et nous rendent régulièrement des comptes au lieu de continuer à nous prendre pour des « voix », c’est-à-dire des « statistiques » dont ils se servent périodiquement pour assouvir leurs appétits ?
4. Parmi les autres éléments constitutifs d’un système démocratique, nous pouvons citer :
- l’existence d’une presse libre et indépendante
- la reconnaissance d’une opposition politique crédible
- le fonctionnement d’une justice et des services de sécurité politiquement neutres et rassurants pour tout le monde
5. L’acte électoral devait être le début pour construire cet appareillage perpétuellement perfectible. Sinon, c’est-à-dire si les élections continuent à être un moyen pour certains d’accéder à la mangeoire nationale ou de s’y maintenir, nous aurons loupé une occasion de participer à l’édification d’un système qui nous permettrait d’être des citoyens à part entière et nos des citoyens entièrement à part.
Bon dimanche
Goma, 19.04.15

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