DU BON USAGE DES ELECTIONS : LE BURUNDI A NOS PORTES

Vous qui êtes férus d’actualité, vous savez que le Burundi est à la une de plusieurs médias sur le continent et partout au monde, sauf peut-être au Burundi où les autorités ont bouclé ou rétréci les rayons de couverture de certaines radios et coupé les réseaux sociaux tels que Facebook et WhatsApp. Pole FM n’a pas dérogé à cet engouement pour la « chaude » actualité qui place notre voisin de l’Est en première ligne.
Le Burundi, c’est 27 834 km2 (le territoire de Walikale, un des six que compte la province du Nord-Kivu a une étendue de 23 475 km2) pour un peu plus de 10 millions d’habitants. Son indice de développement humain (IDH) est de 0, 355, ce qui classe ce pays à la 178ème place sur 187 pays classés. Son économie repose en grande partie sur la culture du café qui représente 80% de ses exportations. Son territoire est coincé entre trois pays : le Rwanda au nord, la RD Congo à l’ouest et la Tanzanie à l’est et au sud.
Ce petit pays ne doit donc pas son actuelle notoriété médiatique à son importance géostratégique ni à ses célèbres et talentueux tambourinaires mais plutôt au piteux spectacle qu’il offre à la face du monde du fait de sa mauvaise gestion de son contexte électoral. Les populations sont divisées en deux camps qui, depuis quelques mois, se résument en kirundi en deux courtes phrases : « Si we ! » vs « Ni we ! » (« Ce n’est pas lui ! » vs « C’est lui !»). Derrière cette finesse linguistique à la burundaise se dissimule (mal) l’affrontement entre les pro- et les anti- 3ème mandat pour le président sortant, Pierre Nkurunziza, à la tête du pays depuis dix ans. Les élections sont prévues en juin 2015, c’est-à-dire le mois prochain.
Dans ce contexte délétère, certains Burundais n’ont pas voulu attendre le jour du vote ; ils ont voté avec les pieds, en prenant les sentiers incertains de l’exil. Les trois pays voisins, y compris la RDC, ont déjà enregistré des milliers de ces Burundais qui fuient la perspective d’une élection. Incroyable ! Imaginons un instant les Français prenant les chemins de la Belgique, de l’Allemagne, de la Suisse, de l’Espagne, de l’Italie ou des Pays-Bas par crainte du duel Hollande- Sarkozy en 2017 ! Pour revenir au Burundi et à la RDC, disons donc que le Burundi n’est pas seulement à nos portes ; les Burundais sont déjà nos hôtes au sud de la province du Sud-Kivu, le « Sud Sud », dont la plupart de localités sont chroniquement instables. Cet afflux des réfugiés burundais est un casse-tête de plus.
Les élections ici, en RDC, frappent à nos portes. Après les manifestations populaires de janvier 2015 contre la loi électorale, la situation s’est calmée et le processus électoral a été lancé. En cette période se déroule l’enregistrement des candidatures aux législatives provinciales, sans trop d’engouement, du reste. Patiente, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) vient de rallonger la période de réception des candidatures, ce qui alimente les débats et les suspicions politiques. Je dirais plutôt débats entre politiciens, dans la mesure où l’activité politique est pratiquement au point mort, du moins de ce côté-ci du pays. Les partis politiques, qui devraient être le creuset de l’activité politique, se réduisent pour la plupart à des bades de « fondateurs » et à des drapeaux qu’on retrouve parfois en des endroits improbables, comme en pleine brousse, loin de toute habitation ! Aucun parti ne présente un projet lisible en vue des futures élections (elles finiront par arriver !). Le jour « J », les populations risquent de voter pour des individus qui risquent de ne rien faire pour améliorer le quotidien et pour construire leur avenir.
Nous avons donc intérêt à observer attentivement ce qui se passe chez notre voisin burundais, pour éviter d’être réduits à « Ni we ! Si we ! »
Bon dimanche !

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