Gestion des retours des déplaces et des refugies en RDC : Sortir de la logique des pointilles

Goma, 01 juin 2014
La semaine qui vient de s’achever a été marquée par deux événements importants, ou qui devraient être considérés comme importants. Il s’agit, d’une part, de l’organisation du retour des déplacés internes logés à la périphérie de la ville de Goma, au camp de Mugunga, vers leurs villages d’origine des Territoires de Nyiragongo et de Rutshuru. Il s’agit, d’autre part, de la cérémonie inaugurale du processus de … de quoi, au juste ? De reddition ? De démobilisation ? De remise d’armes ? … par les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) en vue de leur retour chez eux, au Rwanda.

Ces deux événements constituent, pour Pole Institute, des évolutions majeures. Ou mieux, il en serait ainsi si… oui,  si ces événements-là ne s’inscrivaient pas dans une « logique des pointillés ».

Les pointillés, ce sont ces trois points qu’on place au bout d’une phrase, d’une idée… inachevée. On les appelle aussi des points de … suspension !

1.Le cas des FDLR

La récente cérémonie de remise d’une centaine d’armes par le s FDLR le 30 mai 2014 à Buleusa, annoncée comme un événement majeur dans le laborieux processus de paix régional pose pourtant un certain nombre de questions.

La première  question: qui a la main dans cette histoire ?

L’événement a été annoncé sur Internet et dans les médias par les FDLR eux-mêmes, en précisant qu’il ne s’agissait nullement d’une reddition mais d’un geste de bonne volonté, négocié avec la SADC à laquelle ils allaient remettre les hommes et les armes. En ajoutant que le gouvernement congolais et les Nations-Unies participeraient à ladite cérémonie. Et c’est ce qui a été fait. Les organisateurs-les FDLR- et leurs invités –le gouvernement représenté par le vice-gouverneur du Nord Kivu- et les Nations –Unies ont été au rendez-vous, des pas de danse ont été exécutés par des « dépendantes » (les femmes des FDLR) visiblement heureuses de recevoir tout ce beau monde.

Pour la circonstance, la SADC était représentée par un officier de la Brigade d’intervention de la MONUSCO, la FIB, celle-là même qui était censée anéantir la menace FDLR par la force militaire. On pourrait faire ici une lecture positive : la voie diplomatique a pris le dessus sur les détonations des armes. Cependant, tel que présenté, ce processus qui s’inscrit dans un chronogramme serré de 22 jours qui aboutirait par la « relocalisation » des FDLR dans la province de l’Equateur, 2000 kilomètres plus à l’ouest, nous refait poser la question : qui a la main ? Sont-ce les FDLR qui vont décider en amont et en aval – de leurs effectifs, de leur arsenal, du nombre de leurs « dépendants » ?

La deuxième question : tous les acteurs à la crise, profonde et longue de vingt ans, que constitue la présence des FDLR en RDC sont-ils impliqués et engagés, « committed » dans ce processus ?

L’expérience a prouvé que sans un engagement en synergie de tous les acteurs, en tentant de mettre certains hors-jeu, pareil processus se termine toujours … en pointillés. Pour le cas d’espèce, les FDLR est un phénomène multidimensionnel en ce qu’il implique au moins deux pays, la RDC et le Rwanda. C’est en RDC que cette rébellion rwandaise a commis les pires violations des droits de l’homme, en colonisant sauvagement des espaces entiers du pays, taxant, pillant, volant, tuant… dans l’indifférence générale d’une Communauté internationale qui a longtemps privilégié la dimension diplomatique régionale du phénomène. A Pole Institute, nous avons été les premiers à affirmer que si les FDR constituaient une menace potentielle pour la sécurité du Rwanda, ils étaient une véritable calamité au quotidien pour certains de nos compatriotes congolais. Tout en parlant de libérer le Rwanda, ils ont en réalité  « libéré » des pans entiers de nos territoires de l’Est. Le Congo et les Congolais devraient donc jouer un rôle de tout premier plan au lieu de l’abandonner à la SADC et aux FDLR eux-mêmes. Ce phénomène FDLR a aussi, nous venons de le dire, une dimension régionale impliquant le Rwanda, leur pays d’origine. Celui-ci, en tant que « pays de retour idéal »,  est-il impliqué et engagé dans ce processus ? Is Rwanda involved and committed in this process ? Si la RDC et le Rwanda ne sont pas impliqués, c’est pourquoi ?

Ne pas répondre à ces questions, c’est aller droit dans la logique des pointillés avec, à l’arrivée, des FDLR qui s’installent durablement … à l’Equateur ou, pire, à Walikale, leur centre de regroupement.

2.Le cas des déplacés internes de Mugunga

Le gouvernement central de la RDC a pris la louable initiative de faciliter le retour dans les Territoires de Nyiragongo et de Rutshuru des déplacés qui avaient fui la guerre du M2 et  qui avaient trouvé refuge dans le camp de Mugunga, à la périphérie ouest de Goma. Il faut ici souligner que la plupart des déplacés, lassés de trop attendre une assistance humanitaire qui n’arrivait plus qu’à doses homéopathiques et se réduisait chaque semaine comme peau de chagrin, la plupart de ces déplacés avaient vite rejoint leurs terroirs sitôt le M23 défait. 

Ceux d’entre eux qui ont résisté sur la pierre volcanique brûlante le jour  et glaciale la nuit ont donc eu l’agréable surprise de voir le gouvernement central s’impliquer  dans l’organisation de leur retour. Un premier convoi s’est ébranlé, des camions FUSO bondés de déplacés filant vers le nord de Goma. Bravo, gouvernement ! Et puis… Rien ! On a suspendu l’opération suite, dit-on, à une guéguerre entre le ministère du Plan et de la Révolution de la Modernité et celui de l’Intérieur et Affaires coutumières. Ici encore se pose la sempiternelle question de la gestion durable et pérenne des défis auxquels les Congolais font face par les preneurs de décisions. Nous avions déjà applaudi à ce chronogramme tacite selon lequel après Nyiragongo et Rutshuru, les camions FUSO prendraient la direction de l’ouest de Goma, pour ramener chez eux les déplacés du Territoire de Masisi, qui en compte un important contingent dans la périphérie et même dans les différents quartiers de Goma.

Maintenant que Nyiragongo et Rutshuru se terminent- à cette date- en pointillés, ceux de Masisi sont en train de douter. A moins qu’ils ne consentent à voter leur retour par le pied, comme beaucoup d’autres l’ont déjà fait avant eux.

3.Le cas des réfugiés congolais à l’extérieur

Les cas précédents ne peuvent pas ne pas nous faire penser aux réfugiés congolais qui sont installés dans les pays voisins, notamment à l’Est de la RDC, à la suite des conflits et guerres de récente date. Plusieurs de nos compatriotes vivent désormais en Ouganda, au Rwanda, au Burundi et en Tanzanie. Les plus récents sont partis du nord de la province du Nord Kivu suite aux exactions des éléments ADF ougandais. Ceux d’entre eux –une centaine- qui ont été tentés par le vote par les pieds se sont noyés sur le lac Albert en mars dernier. La plupart sont de la communauté nande.

Les plus anciens ont fui les conflagrations interethniques des années 1990. Ce sont des Tutsi qui sont dans des camps du Rwanda.  Les plus nombreux ont fui Rutshuru suite aux exactions de l’AFDL en 1996 ; il s’agit des Hutu qui sont depuis lors en Ouganda. Les réfugiés congolais installés dans les pays voisins sont donc nombreux, très nombreux. Et contrairement à une idée répandue, chaque communauté a désormais son lot de réfugiés.

Nous avons vu certaines délégations officielles, provinciales ou nationales, se déployer ostensiblement dans les camps d’accueil, s’y fendre des discours et s’émouvoir des conditions de vie de ces compatriotes. De retour au pays… plus rien ! Ici, les pointillés ressemblent davantage à des POINTS FINAUX. Loin des yeux, nos compatriotes sont décidément  loin des préoccupations de ceux qui nous gouvernent. Leur sort est confié à des tripartites mastodontes et inopérantes selon la formule RDC-HCR- Pays X/Y ! Tripartites dont les actions sont toutes en pointillés.

Ici, moi, je place mon point, pour aujourd’hui.

A la semaine prochaine.

Goma, 1er juin 2014
Onesphore Sematumba

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