Insécurité à Goma, enterrement du rapport Kazungu : Les populations pris au piège des Institutions

Goma, 08 juin 2014
De la semaine qui vient de s’achever je retiens deux événements majeurs :
1.La remontée de l’insécurité dans certains quartiers périphériques de la ville  de Goma
2.La triste fin du rapport Kazungu portant sur le petit espace vert à côté de l’hôtel Linda, au bord du lac Kivu

De l’insécurité dans les quartiers périphériques de la ville de Goma

Les habitants des quartiers  de l’ouest  de la ville de Goma ont vécu des moments très difficiles les jours passés. Assassinats, extorsions,  pillages, viols,  ceux qu’on peut désormais appeler  « HUNAI » (Hommes en uniforme non autrement identifiés) ont resurgi avec une violence d’une intensité incroyable en temps de paix ! Le cas est tellement grave que le Maire de Goma a résolu de délocaliser ses services vers Ndosho, un geste certes de grande portée  symbolique mais qui n’a pas découragé les opérateurs nocturnes dans leur sale besogne.

Dans cette ville qui manque cruellement d’éclairage et où les habitants se terrent chez eux dès que la nuit s’annonce, les rues et les avenues sont laissées à ceux pour qui la nuit est une opportunité : les bandits ! et à ceux qui devraient les combattre : les policiers !

Seulement voilà : pour les populations de Ndosho et de Mugunga, il est devenu difficile de  distinguer les premiers des seconds ! Les habitants vont jusqu’à réclamer la « dépoliciarisation » de leurs quartiers, pour qu’ils gèrent eux-mêmes leur sécurité.

Ailleurs, sous d’autres cieux, quand un habitant qui  s’est perdu  rencontre un policier en pleine nuit, il pousse un soupir de soulagement et dit : « Dieu soit loué, je suis sauvé ». Chez nous, un habitant qui rentre tranquillement chez lui et qui rencontre un policier s’écrie : « Dieu, sauve-moi, je suis perdu ! »

Disons en passant que la police nationale congolaise a fini par mettre la main sur un groupe de malfrats présenté comme faisant partie des acteurs de l’insécurité dans ces quartiers. Mais les habitants n’en démordent  pas : les policiers font partie du problème et non de la solution. Téléphones portables (emportables), dollars, francs congolais, rien n’échappe à leurs mains baladeuses lorsqu’on les croise au coin d’une rue obscure.

Pourquoi nos hommes en uniforme bleue très bien identifiés se comportent-ils de la sorte, au point de s’aliéner toute sympathie de la part des civils ?

Pour trouver un début de réponse à cette question, il nous faut tous répondre à ces autres questions, que je recommande plus particulièrement à l’autorité qui gère la PNC :

1.C’est qui, le policier ? (comment le recrutez-vous, d’où vient-il, il est ex-quoi dans la vie ?)
2.C’est comment, son mode de vie ? (il dort où, quand il n’est pas de service ? il mange quoi ?)
3.C’est combien qu’il reçoit, à la fin du mois, pour payer les frais scolaires de ses enfants ? (même si la scolarité est officiellement gratuite !)
4.C’est quoi, enfin, la REFORME DU SECTEUR DE LA SECURITE, la fameuse RSS qui engloutit des millions de dollars financés par la Communauté internationale pour améliorer les conditions sécuritaires des Congolais ?

Aux agents de la police, je vais poser une seule question :

1.Pourquoi  vous trompez-vous de cible ? Les populations civiles vivent la galère, vous le savez.
Elles doivent peiner toute la journée pour pouvoir faire face à toutes les contraintes (taxes, impôts, frais divers) ; elles ne devraient pas être l’exutoire de vos frustrations, ni la compensation de vos insatisfactions.

De l’enterrement du rapport Kazungu

Il y a deux semaines, toute la ville de Goma ne parlait que de ça : le sort du bout de terre à côté de l’hôtel Linda, au bord du lac Kivu, à Goma. Ce petit espace revêt un symbole particulier : c’est ce qui restait d’espace vert dans cette partie de la ville, la seule petite fenêtre d’accès gratuit au lac pour les citoyens ordinaires. Mais un jour, il a été décidé que cet espace devait être morcelé et donné en cadeau aux FARDC et autres Congolais pour leur bravoure face au M23.

Cette décision du Gouverneur provoqua l’ire d’une partie de la population et quelques députés provinciaux se saisirent du dossier. Une commission d’enquête  fut formée avec à sa tête l’Honorable Kazungu, d’où le nom du rapport.

« Le rapport ne sera jamais discuté en plénière ! » Tel est l’arrêt que viennent de rendre les Honorables membres de l’Assemblée provinciale. Pourquoi ? Parce que !!! Tout simplement. Parce que les députés sont régis par un règlement d’ordre intérieur et que ce règlement prévoit qu’un rapport peut être classé sans suite, peu importe si c’est vital pour la population, parce que tel jour, un groupe de députés a résolu de s’absenter sciemment.

Ainsi donc, à part quelques futés, nul ne saura ce qui a été conclu par Kazungu et ses collègues. C’est comme si, en classe (je suis un vieil enseignant, je sais donc de quoi je parle), un groupe d’élèves s’absentait le jour d’un examen difficile. Et que le professeur disait aux élèves présents : «  Vu que vos condisciples ont  visiblement décidé de bouder cet examen, rangez vos stylos et vos papiers, revenez demain, pour un autre examen, d’un cours plus facile. Et  le lendemain, toute la classe se réunit joyeusement, en évitant d’évoquer l’examen de la veille ! Et à la fin de l’année, hourrah et bravo ! Tout le monde passe de classe !!!

Les populations ont suivi cette affaire et sont consternées, même en silence. Nous leur avons demandé ce qu’ils pensaient du travail des députés provinciaux. Les citoyens, ex- et  futurs électeurs, sont tout simplement … dépités.

Un élu a dit, s’agissant de l’enterrement de ce rapport Kazungu, que la démocratie, c’est la dictature de la majorité, et que la minorité devrait se ranger.  Ce à quoi je répondrais que la démocratie, c’est la dictature de l’opinion de la majorité, laquelle opinion n’a pas été exprimée dans cette circonstance, le débat ayant été évité. J’ajouterais qu’il ne s’agissait pas des intérêts de la majorité ni de ceux de l’opposition mais de ceux des Gomatraciens, qui ne demandaient que le droit de pouvoir regarder un bout  de leur beau lac.

Bon dimanche !

Par  Onesphore Sematumba
POLE INSTITUTE/ POLE FM

 
 

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