L’Est de la RDC continue de saigner

Dans ma chronique du 11.01.2015, je m’interrogeais au sujet de la traque souvent annoncée et toujours reportée des rebelles rwandais des FDLR. Depuis lors, il y a eu évolution, même si ladite évolution s’est faite selon un schéma assez surprenant. La coalition FARDC –FIB (MONUSCO) qui avait défait le M23 a volé en éclats. Les FARDC mènent leurs opérations sans les hélicoptères de la MONUSCO et sans l’appui logistique des Nations-Unies. La force onusienne, surprise de se voir interdire tout accompagnement et toute coopération sur le terrain militaire tente de rentrer dans le coup. Alors qu’il y a quelques mois elle se faisait prier pour entrer dans la danse contre la rébellion du M23, aujourd’hui la MONUSCO se trouve dans une posture de quémandeuse. Cette semaine, le gouvernement congolais a déclaré à New Yorkqu’il était temps que cette MONUSCO-là se retire de notre pays désormais pacifié, à part quelques poches d’insécurité à l’Est. Martin Kobler, le patron d’une MONUSCO politiquement affaiblie et quasi indésirable estime, quant à lui, que le retrait des forces de l’ONU finira bien par s’effectuer mais suggère un retrait à petits pas, sans précipitation. Les débats dans ce qui ressemble de plus en plus à une querelle de ménage risquent d’être houleux et passionnants dans les prochains jours.
Pendant ce temps, justement, l’Est de la RDC continue de saigner. A Kibarizo et à Nyabiondo, dans le territoire de Masisi, les FARDC et les MaïMaï de l’APCLS du « général » Janvier Karairi se sont affrontés, contraignait les populations civiles à fuir leurs habitations. Encore une fois. Des populations prises au piège de cette insécurité rampante, de ces guerres de basse intensité qui règlent la vie au quotidien de nos concitoyens de Masisi, de Walikale, de Rutshuru, de Lubero et de Beni, mais aussi du Sud-Kivu, du Nord du Katanga et de l’Ituri où divers groupes armés continuent à sévir en toute quiétude.
Dans le territoire de Rutshuru, justement, à Bunagana, la petite cité à la frontière de l’Ouganda, un carnage a eu lieu le mardi 17 mars matin. Ce matin-là, le chef de groupement Boniface Nduhirahe, M. Kitsa de l’ANR, un capitaine de la PNC, le garde du corps de Nduhirahe et un autre agent de l’ANR ont été fauchés par un brigand de grand chemin qu’ils venaient tenter d’interpeller à l’hôtel où il avait posé ses valises. Des valises qui contenaient, entre autres, l’arme dont il s’est servi pour descendre ses visiteurs du matin. Curieusement ce drame qui a chamboulé la cité de Bunagana ainsi que toutes les localités aux alentours n’a pas été couvert par les médias à la mesure de son impact. Il est vrai que cela a coïncidé avec l’arrestation des activistes sénégalais, burkinabé et congolais par les services de Kinshasa, une saga qui a mobilisé les médias et les chancelleries d’Afrique et du monde. Les quelques organes de presse qui ont relayé le drame de Bunagana, dont le très sérieux Jeune Afrique, ont tout simplement été manipulés, en achetant cash des informations politiquement orientées, fournies par une source très éloignée des lieux et habitué à des lectures schématiques et caricaturales des évènements, comme si son objectif était d’agiter des peurs et des épouvantails. Comme si le contexte n’était suffisamment suffocant.
Bon dimanche.

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