Le nouveau découpage territorial :

opportunité pour une gouvernance décentralisée ou risque de davantage de fragmentation ?
Il faudra désormais avoir une mémoire d’éléphant pour retenir les nouvelles dénominations des 26 provinces issues de la Constitution de 2006 ? Au terme d’une ordonnance-loi que vient de signer le Président Joseph Kabila le 28 février 2015, cette disposition constitutionnelle va être enfin mise en œuvre.
Les provinces du Nord-Kivu, du Sud Kivu et du Maniema, elles-mêmes issues du démembrement test de l’ex-Kivu ne sont pas concernées par cette opération. De même pour le Bas-Congo, à l’extrême ouest, qui devient au passage le Kongo Central –avec K- et la ville province de Kinshasa.
Toutes les autres sont morcelées et y perdent leur identité et leurs dimensions actuelles, à l’exemple de l’emblématique Katanga, ex-Shaba (la province du cuivre) qui éclate en 4 « provincettes » : le Tanganyika, le Haut-Lomami, le Haut-Katanga et le Lualaba. Notez qu’il n’y a ni Bas-Lomami ni Bas-Katanga !
Au-delà de cette difficulté de maîtriser les nouvelles identités des provinces et de leurs habitants, deux questions au moins se posent.
La première et la plus naturelle concerne la viabilité des nouvelles provinces en termes d’infrastructures devant abriter leurs institutions. Les provinces fonctionnent en effet comme de petites républiques, avec un gouvernement comprenant un gouverneur, un vice-gouverneur et une dizaine de ministres, un Parlement de plusieurs dizaines de députés, de Généraux à la tête de la police et de l’armée, etc. Dans certaines nouvelles provinces, il sera bien difficile de loger tout ce beau monde et de lui assurer le train de vie qui va avec leur rang.
La seconde est liée au problème de communication ou mieux, d’interconnexion physique entre les populations congolaises. Les routes, les chemins de fer, les voies navigables entre les provinces actuelles sont presqu’inexistants. Ainsi pour se rendre du Nord-Kivu au Katanga, deux provinces presque voisines de l’est du pays, la voie la plus rapide est celle qui passe Kinshasa (2000 km à l’ouest) et de revenir vers Lubumbashi (2000 km à l’est. Le démembrement des provinces, s’il n’est pas précédé ou accompagné de l’érection des infrastructures de contact entre les populations pourrait accentuer la ghettoïsation des ces jeunes entités dont certaines sont terriblement enclavées.

Bon dimanche !

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