CHEZ LES JEUNES ARTISANS DE LA PAIX à L’ULPGL-GOMA

L’UNIVERSITE ALTERNATIVE
Ce 27 octobre, dans le cadre des activités de l’Université Alternative au sein des universités congolaises, le Réseau des jeunes artisans de la paix a reçu le professeur Kä Mana pour une conférence sur le thème : « les jeunes et l’engagement pour la paix dans la région du Nord-Kivu ». Pour cette conférence d’ouverture de l’année des activités des jeunes artisans de la paix, le conférencier du jour a centré sa conférence sur l’urgence de fonder la paix sur le socle des institutions sociales essentielles pour l’être-ensemble des individus et des communautés aujourd’hui. Les institutions visées  sont la famille, les systèmes scolaire et universitaire, les mouvements citoyens, les Eglises et les partis politiques. Sans un programme concret d’éducation à la paix au sein de ces institutions, il est à craindre que la région du Nord-Kivu sombre dans le désordre et le chaos social, malgré la présence innombrable d’organisations de promotion de la paix dans la région.  
En République démocratique du Congo, la famille comme institution sociale de base est en crise. Du point de vue économique et financier, elle souffre de l’état global de misère qui accable la société congolaise. Par manque d’une gouvernance politique responsable capable de sécuriser le territoire congolais et de permettre aux individus et aux groupes sociaux de s’organiser pour libérer leur génie créateur et leur sens d’initiative, l’espace familial patauge dans l’impossibilité d’assumer ses responsabilités éducatives non seulement dans la construction des harmonies sociales de base, mais dans l’exigence de mettre la paix au cœur des personnes et dans la vie communautaire. Des phénomènes comme des enfants de la vue devenus « Kulunu » pour les garçons et « ujanaa » pour les filles sont l’expression de la crise de la famille.
La crise est aussi celle du système scolaire et universitaire.  Globalement parlant, ce système ne consacre pas à la paix la place qu’elle devrait avoir dans notre société congolaise confrontée aux affres de la déflagration sociale et au chaos des insécurités de toutes sortes. Du fait de son extraversion et de l’aliénation des éducateurs qui le portent, le système scolaire et universitaire produit  tellement de déchets humains sur son parcours qu’il est à la base de la violence dans l’esprit des jeunes générations aujourd’hui.
Les Eglises sont logées à la même enseigne, compte tenu des divisions qui les opposent les unes aux autres et de l’esprit de clocher qu’elles développent consciemment ou inconsciemment. Dans la mesure où c’est sur les problèmes fondamentaux qui concernent le salut de l’homme, le sens de la vie ou les idéaux  ultimes de l’existence qu’elles se battent, les Eglises  sèment la guerre dans les esprits et non la paix procurée par l’amour. De ce point de vue, elles trahissant le message de l’amour qui les fonde et se mentent à elles-mêmes sur leur rôle dans la société. Ce qui se passe entre les Eglises se radicalisent plus encore dès que l’on situe (…) à l’échelle des relations entre les religions. Dans  leur ensemble, elles sont plus de dispositifs de guerre dans les esprits que de forces de cohésion et de rapprochement entre les hommes.  
Les parties politiques et les mouvements citoyens développent le même esprit. Ce sont des machines de destruction des parties et des mouvements adverses, sans aucune idée ni l’intérêt supérieur de la nation ni des avantages de la paix civile. On comprend alors pourquoi l’Etat congolais tel qu’il est gouverné n’est pas une structure pour harmonie relationnelle et que son intérêt pour l’ordre de la paix est très faible.
Quand toutes les institutions qui peuvent promouvoir la paix sont ainsi structurées par l’esprit de confrontation et guerre, que peut faire aujourd’hui des jeunes qui veulent être des artisans de la paix ?
En premier lieu, il y a urgence pour ces jeunes de prendre conscience des lieux réels où ils ont le pouvoir de changer les choses et de construire de nouvelles réalités. Ce qui doit compter pour chaleur, c’est de savoir être dans ces lieux  des témoins et des symboles d’un imaginaire de paix et d’une vie de paix. L’essentiel à ce niveau n’est pas de croire que l’on va changer le monde entier ou le pays dans son essence en un univers de paix éternelle. L’essentiel est la force de paix à développer en soi-même et autour de soi. Il faut pour cela dégager en soi le pouvoir de faire rayonner la paix dans ce qu’on est, dans ce qu’on fait et dans ce qu’on vit. On peut ainsi changer les réalités là où l’on est capable de faire avancer les choses.
En plus, il y a urgence d’enseigner la paix en la construisant avec les autres autour de soi et partout où l’on est ensemble. Cela se fait en assumant la paix comme le sens que l’on donne à l’être-ensemble et en faisant savoir partout où l’on sert qu’on appartient à un réseau, à un groupe, à une dynamique de construction de la paix. Construire la paix ensemble devient alors un principe d’action fondamental.
Enfin, la paix se construit dans l’action pour la paix, c’est-à-dire dans les actions concrètes de paix partout où il est nécessaire de les réaliser. Il convient que chaque artisan de la paix soit en mesure de dire où il agit et d’agir en disant ce qu’il fait. C’est ainsi que l’ordre de paix se construit.   

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