Colloque international de Pole Institute 2018

Du 28 au 29 juin 2018, Pole Institute a organisé un colloque international qui a réuni une cinquantaine de participants venus du Mali, du Nigeria, du Kenya, de la Tanzanie, du Burundi, du Rwanda et de la RD Congo. Ce colloque avait pour thème : « Quand les jeunes prennent le large, devons-nous construire les digues ou ériger les passerelles ? »
                 Dans le contexte mondial où la question des migrations est devenue une préoccupation majeure qui mobilise les Etats, les organisations internationales et les structures d’action humanitaire, Pole Institute a voulu attirer l’attention du grand public sur une catégorie particulière des migrants : les jeunes africains. Dans notre continent, c’est cette catégorie qui est le plus concernée par la tentation de prendre le large et d’aller chercher ailleurs de nouvelles possibilités de vie.
                 Pourquoi ces jeunes partent-ils ? Que veulent-ils avoir qu’ils ne trouvent pas dans leurs propres pays et dans leurs propres terroirs communautaires ? Trouvent-ils ce qu’ils cherchent là où ils vont ou sont-ils souvent désabusés par le décalage entre leurs rêves et la réalité vécue ? Dans la mesure où leur mouvement vers d’autres horizons devient maintenant un problème auquel il faut trouver des solutions qui soient humaines à l’échelle mondiale, quelle devra être l’apport de l’Afrique dans la recherche de ces solutions ? 
                 Les chercheurs qui se sont penchés sur cette question ont été frappés par un paradoxe inattendu : alors que le discours officiel a toujours présenté l’immigration des jeunes comme un phénomène de fuite pour sortir de la misère, de la guerre, du sous-développement et de toutes les insécurités dont souffrent les pays africains,  on s’est rendu compte que la volonté de prendre le large concerne aussi une certaine jeunesse dont les conditions de vie, la situation familiale, l’appartenance à la haute société ou à la classe moyenne auraient exigé qu’elle reste en Afrique et travaille pour l’Afrique. Sur la base de ce paradoxe, l’analyse de l’immigration des jeunes devient très complexe et exige des approches sensibles à la diversité du contexte  africain aujourd’hui. Il n’y a pas à chercher une réponse unique et globale qui pourrait servir de sésame ouvre-toi pour résoudre le problème. Il faut regarder la situation des jeunes, catégorie par catégorie, pays par pays, en étudiant à fond les imaginaires de base à partir desquels surgit l’envie de rompre les amarres avec son propre pays ou le désir de partir pour revenir. De même, il convient de regarder la situation des pays d’accueil et les représentations sociales changeantes que l’on y a du phénomène migratoire.
                 Entre les jeunes Maliens qui quittent la région de Kayes à partir d’un imaginaire où le départ vers ailleurs est presque une exigence initiatique pour montrer qu’on est devenu homme et les jeunes de l’Erythrée qui subissent depuis leur enfance une situation de dictature qui leurs bouche tous les horizons de réussite sociale, l’immigration n’a ni les mêmes enjeux ni le même sens. De même, partir vers la France ou l’Angleterre à un moment historique où ces pays subissent une crise sociale qui favorise le surgissement des mouvements de l’extrême droite politique n’est pas la même chose qu’être accueilli comme étudiant en Suède ou au Canada. On n’obéit pas aux mêmes réflexes et on ne subit pas les mêmes conditionnements. On peut être traqué comme une bête indésirable comme on peut être vu comme une possibilité d’enrichissement. On peut devenir aigri et indésirable comme on peut être considéré comme un jeune que l’on forme dans le cadre de l’aide au développement.
                
                 Un autre paradoxe qui est ressorti des recherches dont les résultats ont été présentés au colloque de Goma concerne les destinations prioritaires de la migration des jeunes africains. Dans le discours habituel, on pense que ce sont les pays dits développés d’Europe et d’Amérique qui sont les destinations de rêve pour les Africains. La réalité est que l’immigration intra-africaine est beaucoup plus importante que l’immigration vers l’Occident. De même, à l’intérieur même de chaque pays, le phénomène migratoire est beaucoup plus riche et plus enrichissant que le désir de vivre en Occident. Si on ajoute à cela l’émergence de nouvelles destinations comme les pays asiatiques dont le coefficient d’attraction est de plus en plus fort sur l’imaginaire des jeunes en Afrique, on comprendra qu’il y a pas une seule immigration, mais beaucoup d’immigrations qu’il faut étudier calmement et sereinement.
                 De là l’exigence de chercher aussi plusieurs voies de solution. Il y a une solution de la pacification des pays en guerre comme il y a la solution du progrès social dans les pays sous-développés et misérables. Il y a aussi la voie d’une nouvelle diplomatie pour l’immigration intelligente et l’immigration choisie. Il y a également les solutions de la construction de nouveaux imaginaires chez les jeunes qui veulent partir afin qu’ils valorisent leur propre sens de dignité pour développer leurs propres nations par l’éducation sur leurs propres terres. Pour les pays vers où on va, il faut l’éducation des populations pour qu’elles comprennent en quoi un jeune immigré est une force de travail et une mine d’enrichissement culturel.
                 Au fond de toutes ces solutions, c’est le désir de construire un autre monde possible qui est le cœur de la construction d’une nouvelle civilisation où se construira le sens d’une nouvelle humanité : une culture de l’humanisme fraternel que l’Afrique peut offrir à ses jeunes comme à toutes les sociétés du monde.
                 Les participants au colloque de Goma ont mis toute leur foi en cet humanisme fraternel qu’il s’agit d’inventer aujourd’hui.     

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