L’Université alternative de Pole Institute rend hommage à Cheikh Anta Diop

Depuis le début de ce mois de février 2018, l’Université alternative organise des séances d’hommage au savant africain Cheikh Anta Diop, disparu en 1986. Le 7 février et le 14 février, deux séances de réflexion et de débat en sa mémoire ont été animées par le professeur Kä Mana qui a présenté à une cinquantaine de jeunes la trajectoire scientifique et l’héritage de l’éminent chercheur sénégalais. 
 
Première séance : Cheikh Anta Diop ou l’honneur de l’Afrique qui s’invente et se construit

Lors de la  séance du 7 février, deux vidéos sur Anta Diop ont été projetés : une sur l’intervention de Cheikh Anta Diop à l’université de Niamey en 1984 ; l’autre autre sur l’hommage rendu à Cheikh Anta Diop par TV5 avec le professeur Théophile Obenga, un grand égyptologue du Congo-Brazzaville qui fut longtemps le bras droit du savant sénégalais et le professeur burkinabé Yoporega Sommet, l’un des meilleurs spécialistes de l’Egypte antique aujourd’hui. Un texte du livre de Jean-Marc Ela, Cheikh Anta Diop ou l’honneur de penser, a été aussi lu pour éclairer les participants sur les multiples faces de l’auteur de Nations nègres et culture.
Le professeur Kä Mana est parti de tout ce que Théophile Obenga, Yoporeka Sommet et Jean-Marc Ela ont donné à comprendre  de Diop pour situer l’œuvre du savant sénégalais dans l’histoire de la pensée africaine et dans les enjeux africains du savoir aujourd’hui. A ses yeux, ce que l’auteur de Civilisation ou barbarie apporte à la jeunesse africaine aujourd’hui est la construction d’une grande dynamique de conscience à développer dans l’Afrique actuelle :
la conscience historique pour connaitre le continent dans ses origines, dans son développement et dans ses problèmes ;
la conscience éthique pour fonder la vie africaine sur les valeurs profondes de l’humain ;
la conscience stratégique pour développer les outils de l’émergence et du développement des sociétés africaines ;
la conscience utopique pour imaginer l’avenir qu’il faudra donner aux générations futures.C’est autour de ces forces de conscience que les débats entre les participants au premier hommage à Cheikh Anta Diop à l’Université alternative se sont articulés.

Deuxième séance : l’héritage de Cheikh Anta Diop aujourd’hui

Le mercredi 14 février,  le professeur Kä Mana a présenté aux jeunes l’héritage de Diop dans ce qu’il  a d’énergiquement utile et fécond pour les générations montantes. A ses yeux, les thèses pour lesquelles l’éminent chercheur a dominé le monde scientifique et suscité de houleux débats en égyptologie sont aujourd’hui suffisamment connues. Il n’est pas besoin de s’y attarder encore. Qu’il s’agisse du caractère nègre de l’Egypte pharaonique  ou des liens étroits entre les Egyptiens anciens et l’Afrique noire actuelle, la cause est entendue et les jeunes d’aujourd’hui n’ont qu’à la reprendre et à la diffuser pour qu’elles soient ancrés dans les imaginaires africains actuels et que l’on se les approprie comme ferment dans les esprits. Un immense travail de connaissance de ces idées du savant sénégalais se fait aujourd’hui dans les diasporas africaines. C’est e Afrique même que les efforts doivent s’intensifier dans le même sens.
Ce qui est plus important et éminemment urgent aux yeux du professeur Kä Mana, c’est de comprendre que l’œuvre de Cheikh Anta Diop constitue un nouveau paradigme de pensée qui rompt avec le paradigme de la défaite à l’intérieur duquel les Africains ont appris à se penser négativement depuis l’irruption de l’Occident moderne dans leur trajectoire historique. Contre ce paradigme de la défaite, Diop impose à toute l’Afrique le paradigme de la renaissance africaine. Comme l’a bien vu le chercheur José Do-Nascimento, l’horizon qu’ouvre le savant sénégalais exige un autre regard des Africains sur eux-mêmes, une nouvelle appréciation de l’apport de l’Afrique aux civilisations anciennes et à toute l’humanité ainsi qu’un langage nouveau forgé pour refuser l’évolutionnisme historique qui place le continent à la queue des peuples en l’obligeant à croire qu’il a à rattraper les Occidentaux. Felwine Sarr l’affirme aussi, l’Afrique n’a à rattraper personne ; elle a à se construire selon son propre génie. Cheikh Anta Diop a montré comment ce génie est le génie de la grandeur, de la puissance et d’un humanisme rayonnant. Le grand héritage de son œuvre est dans cette vision de notre continent. En même temps, il est dans les dynamiques qu’impose cette vision, à savoir : l’unité culturelle de l’Afrique, la construction d’un Etat fédéral africain et le développement des sciences pour garantir aux Africains la liberté qui est l’être le plus profond.
Le temps de la renaissance africaine que Cheikh Anta Diop a ouvert est maintenant le temps de la construction de l’Afrique nouvelle, loin du pessimisme, du fatalisme et du défaitisme qui ont été pendant longtemps au cœur des imaginaires africains. Il appartient aux générations montantes de construire cette Afrique de la renaissance. 
 

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