Les économistes Isaac Didier Bwebwe Kianya et Axel Barhengeke accueillis à l’université alternative pour une conférence-débat sur la dépréciation de la monnaie congolaise par rapport au dollar

Ce samedi 10 février 2018, l’université alternative de Pole Institute a accueilli les économistes Isaac Didier Bwebwe, représentant de la RDC à la Monusco et Axel Barhengeke, enseignant à l’Université de Goma, pour une conférence-débat avec 46 jeunes et leur équipe pédagogique sur le thème : « La dépréciation de la monnaie congolaise par rapport au dollar ». Les deux chercheurs ont expliqué à l’assistance les mécanismes par lesquels une monnaie s’apprécie ou se déprécie par rapport à une autre dans le champ économique et financier mondial aujourd’hui. Dans une démarche pédagogique claire, avec graphiques et vidéo-conférences à l’appui, ils ont mis en lumière les causes économiques, politiques, psychologiques et géopolitiques qui rendent une monnaie forte ou faible. Partant du jeu des équilibres et des déséquilibres d’exportations et d’importations qui régule les relations économiques, ils ont montré comment tout un système de réserves de devises étrangères que l’on accumule à partir de la puissance économique, commercial et financier d’une nation rythme les échanges commerciaux et permet aux gouvernements de construire une politique budgétaire équilibrée et aux banques centrales de mettre sur pied une politique monétaire responsable pour donner ou non de la valeur à leur monnaie. Or, dans ce domaine de politique budgétaire et de politique monétaire, la RD Congo souffre d’une négligence et d’une incompétence manifestes. Ce sont cette incompétence et cette négligence qui constituent la cause la plus profonde de la dépréciation du franc congolais par rapport au dollar, à l’intérieur d’une économie nationale où la coexistence de ces deux monnaies a créé une psychologie de la comparaison permanente qui n’est pas en faveur de la monnaie congolaise. Dans la mesure où le Congo est jusqu’à ce jour condamnée à rester un exportateur de matières premières et qu’il est obligé de tout acheter en monnaie étrangère (euro ou dollar) tous les produits manufacturés dont il a besoin, il lui faut constamment veiller à ce que les devises qu’il reçoit dans la vente de ses matières premières soient utilisées à bon escient pour constituer une importante réserve en vue de ses échanges avec l’étranger. Or, le produit de la vente des matières premières congolaises se volatilise souvent dans un système de siphonage dont le gouvernement congolais est responsable, de même que se développent des mécanismes opaques organisés par une Banque Centrale mise au service du pouvoir politique. Dans un tel contexte, faute de réserve de devises à la Banque Centrale et faute d’une politique rationnelle et rigoureuse pour conduire l’économie et les finances congolaises, avec intelligence, la monnaie nationale perd la confiance du peuple congolais et laisse au dollar un champ d’envol qu’exploitent tous les prédateurs  dans des stratégies néolibérales qui fragilisent et émasculent le Congo, autant du point de vue économique et financier que du point de vue politique et psychosocial.

Que faut-il faire pour changer cette situation globale et donner à la monnaie congolaise du tonus pour devenir une monnaie nationale forte et compétitive ?

 Il n’est pas besoin d’être magicien ou sorcier pour comprendre que nous sommes devant un problème qui exige une réorganisation globale de l’économie, de la politique et de la culture au Congo. C’est un problème d’émergence d’un nouvel homme congolais dans ses capacités créatrices, éthiques et organisationnelles, avec un devoir de confiance en soi, une volonté de changer véritablement le Congo et une détermination vigoureuse pour lancer de nouvelles perspectives éducatives dont le pays a besoin.
On l’aura compris : le problème de la dépréciation du franc congolais par rapport au dollar n’est pas qu’un problème économique. Il met en lumière la crise globale de notre société.
Les étudiants de l’université alternative ont compris cela et ont centré leur question sur l’avenir du pays et sur les marges de manœuvre dont nous disposons pour changer réellement la société congolaise. Dans les réponses qu’ils ont reçues de la part de M. Bwebwe et de M. Barhengeke, ils ont compris que la bataille du changement est une bataille de longue haleine, où ils devraient dès maintenant faire un choix décisif : ou être dans la dynamique négative de l’incompétence congolaise actuelle, ce qui signifie laisser couler le Congo à pic, ou changer complètement de cap pour une dynamique positive de la compétence contre la médiocrité. Le choix est là et il faudra que toute la jeunesse congolaise le comprenne.
Pour conclure la séance du 10 février 2018, le responsable de l’Université alternative a insisté sur un fait : les grands peuples construisent leur destinée en affrontant les grands défis qui se posent à eux avec intelligence et grande force d’imagination. De l’imagination, le Congo en a, tout comme il regorge de fortes intelligences pour inventer l’avenir. L’heure n’est pas au pessimisme ni au fatalisme. L’heure actuelle est celle de la confiance de notre jeunesse en elle-même pour bâtir le Congo de notre volonté et de nos rêves. 

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