Les jeunes de l’Université catholique la Sapientia reçoivent le professeur Kä Mana pour une conférence publique sur le thème : « Afrique, grandeur et puissance »

Ce samedi 3 février 2018, dans le cadre d’une animation culturelle à l’Université catholique la Sapientia de Goma, le professeur Kä Mana a été reçu par un public de 181 étudiants et 5 membres du corps professoral pour une conférence-débat sur le thème : Afrique, grandeur et puissance, Nouvelles orientations pour l’imaginaire de la jeunesse universitaire. Accompagné d’un membre de son équipe pédagogique de l’université alternative de Pole Institute, M. Kä Mana a lancé sa réflexion par la présentation de l’imaginaire comme réalité psychique essentielle : un complexe de représentations de soi, d’images que l’on se fait de son destin, d’idées sur ce que l’on est et de visions que l’on crée pour se projeter dans l’avenir et devenir réellement ce que l’on veut être. Ce complexe peut être une énergie  qui booste l’esprit pour des actions de changement ou une boue d’agonie qui brise toute possibilité de maîtriser son destin et de l’orienter vers la réussite.

Selon l’orateur, l’imaginaire africain est aujourd’hui déterminé par trois structures de base qui le rend fragile, infécond et  d’improductif dans la perspective de changer profondément et positivement l’Afrique.

Il y a d’abord la structure d’arrachement de l’Afrique à son être réel. Cet être, les jeunes n’en connaissent plus la substance et ne veulent plus réellement la connaître. Cette méconnaissance de soi les place en porte-à -faux par rapport à leur histoire, aux valeurs de leur culture et aux normes profondes de leur civilisation. Ils se trouvent ainsi précipités dans l’espace de la modernité sans un socle culturel fertile pour se mesurer à d’autres cultures et à d’autres civilisations de manière positive. C’est ainsi qu’ils s’enferment dans une vision pathologique d’eux-mêmes où ils se perçoivent comme membres d’un continent inférieur, sans souffle, sans dynamique créatrice, un monde dont ils ne parlent que de manière totalement négative. L’exemple typique de cet imaginaire pathologique est la société congolaise actuelle. On y est maintenant accoutumé à tout voir en noir, en laissant de côté toutes les énergies positives qui constituent ce que l’on peut avoir de génial et de créateur chez les Congolais pour inventer un avenir lumineux.
Il y a ensuite la structure de désorientation totale. Il est difficile de savoir où l’on veut aller quand on ne sait même pas qui on est et ce qu’on désire en profondeur. On tourne en rond avec des institutions qui ne reflètent pas sa propre substance et qui sont totalement aliénée à des réalités étrangères que l’on ne maîtrise pas àsuffisance. Ici aussi, le Congo est un exemple typique : la politique y est en errance et l’économie en déshérence. Les dynamiques de créativité culturelle y sont dévoyées en même temps que sont bloquées les institutions éducatives et les structures religieuses comme forces de changement.  Les quelques que lieux où s’ouvrent des perspectives positives sont paralysés par l’ambiance générale d’une société qui ne sait pas ce qu’elle veut être ni où elle veut aller avec les structures d’être qui la composent et les institutions qui la dirigent.
Il y a enfin la structure d’effondrement intérieur. Il faut entendre par là une large corruption de l’homme  qui exprime en réalité l’explosion de l’éthique dans tous les domaines de la vie. Au Congo, on perçoit bien cet effondrement dans la manière dont la politique déraille tous les jours. On le voit aussi dans l’économie qui est devenue une économie de la misère et dans l’imaginaire congolais comme un imaginaire de désespoir.    
Pour les jeunes Africains, le Congo apparaît comme l’exemple de ce qu’il ne faut pas être ni devenir. Cela donne à la jeunesse congolaise une responsabilité particulière pour changer l’Afrique. Cette responsabilité est celle de rompre avec l’imaginaire actuel de notre société pour inventer le nouvel homme congolais dont l’imaginaire soit un imaginaire de grandeur et de puissance. Il s’agit d’une tâche qui consiste, dans les milieux universitaires particulièrement, à décider dès maintenant qu’on n’a plus rien à voir avec le Congo du désespoir, avec le Congo du désordre, avec le Congo de la corruption et le Congo de l’ignorance de son propre être. Rompre avec les structures d’arrachement, de désorientation et d’effondrement intérieur pour créer des structures de confiance en soi pour une destinée de grandeur et de puissance, tel est l’enjeu de ce que l’on appelle aujourd’hui l’émergence, route par excellence du développement intégral. Les jeunes ont dans cet enjeu le vrai sens de leur mission dans la société.
Comment peut-on assumer cette mission ? Par la construction et la promotion d’une nouvelle conscience dont les dimensions fondamentales sont celles-ci :

  • Une conscience historique forte. Se refonder dans son histoire à partir de l’avenir qu’on veut construire comme Africain, comme Congolais. Cela exige de regarder le passé en fonction de ses valeurs d’humanité et le présent en fonction de ses énergies créatives qui peuvent fertiliser le futur.
  • Une conscience éthique vigoureuse. Devenir des hommes et des femmes débarrassées des médiocrités ambiantes et fermement décidés de s’offrir en modèles crédibles pour les générations futures.
  • Une conscience  stratégique aiguisée. Regarder les pathologies de la société non pour  s’en indigner seulement, mais pour inventer des solutions qui soient fertiles, fondées sur une analyse claire de ce qu’il convient de faire sans détruire le tissu social que l’on veut guérir. Cela demande de l’imagination constructrice et une volonté de créer un être-ensemble et un vivre-ensemble paisible.

Une conscience utopique dynamique. C’est-à-dire une grappe de rêves pour faire rêver tout le peuple et lui donner à croire en lui-même et en ses pouvoirs de transformation de son destin.Le nouvel homme congolais animé par cette conscience nouvelle de lui-même, il faut tout faire qu’il devienne créateur d’une nouvelle société. L’Université africaine en général et l’université congolaise en particulier n’ont de sens que dans la mesure où elles contribuent à créer un nouvel homme pour une nouvelle société.   
Sur la base de toutes ces idées développées par le conférencier, le débat a tourné autour de la pédagogie de la recherche et de l’enseignement pour donner aux nouvelles générations le goût de changer l’Afrique et de transformer le Congo. « Il n’y a pas meilleure méthode que celle de l’autoformation, de l’autopromotion et de l’auto-évaluation pour devenir une force capable de se lier aux autres forces du milieu universitaire où l’on est et de la société en général en vue de  constituer une communauté de connaissances fertiles et d’inter-enrichissement dynamique, sur la base de ce que les générations actuelles ont de spécifique : le ferment de communication et d’information qui les relie au savoir du monde entier à travers Google et tous les réseaux sociaux », a affirmé le professeur Kä Mana. « L’être nouveau que nous voulons se construira sur toutes les richesses du monde quand elles seront maîtrisées et digérées dans une volonté affirmée de changer l’Afrique en vue d’enrichir le monde. »

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