Les rencontres du samedi à l’Université alternative de Pole Institute

Prof.Ka Mana

Dans le cadre des activités de l’Université alternative pour l’éducation des jeunes à la transformation sociale, Pole Institute organise, tous les samedis, les rencontres des membres de mouvements de jeunesse pour des réflexions sur les problèmes de société auxquels la jeunesse congolaise est appelée à donner des solutions concrètes et fertiles. Ces conférences rendent compte des expériences, des initiatives et des projets que les membres de l’université alternative animent, déploient, développent et offrent comme modèles d’action aux autres jeunes désireux de s’engager dans la transformation sociale de manière pragmatique et visible, à partir des universités comme lieux de réflexion collective et d’action communautaire.
Au cours du mois de janvier 2018, quatre grandes rencontres ont été organisées par les jeunes, deux à Utamaduni Center de Pole Institute sur l’entreprenariat des jeunes, une sur la promotion sociale, toujours à Utamaduni Center, et une quatrième à l’Université libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL) à Goma.
 
Promouvoir la cohésion sociale
 
Le 13 janvier 2018 a eu lieu la première rencontre, une séance animée par Héritier Nicolas Mumbere, un jeune de l’université alternative qui a fondé l’association Jamaa Grands Lacs autour d’un noyau de 15 jeunes qui ambitionnent de travailler au sein des universités du Kivu pour promouvoir l’engagement dans la transformation sociale.Le thème du jour : « Repenser la cohésion sociale pour une nouvelle Afrique ». 50 jeunes venus de Gisenyi au Rwanda et de Goma en RDC ont participé à cette rencontre.
M. Héritier Nicolas Mumbure a voulu avant tout savoir si les jeunes veulent changer les choses aujourd’hui dans la Région des Grands Lacs tourmentée par les haines, les conflits récurrents et les guerres. Si une telle ambition est la leur, il convient qu’elle s’articule autour de trois dimensions :
La dimension ontologique : qui s’attelle plus sur la question de « l’être ». Ici, l’orateur a montré qu’il y a une crise généralisée de l’être en ressortant  3 systèmes qui caractérisent l’être humain aujourd’hui dans son ensemble. D’où l’urgence de miser sur :
Le système de l’auto-appréhension : il ressort de notre manière entant que être humain de se projeter dans l’avenir tout en mettent en place tous les moyens disponible pour sa réussite en souhaitant l’échec de son voisin ;
Le système d’auto projection :qui est quasi inexistante. Chacun veut promouvoir son intérêt au détriment de son voisin ;
Le système d’auto interprétation : c’est le stade où l’humain a perdu le sens de l’amour du prochain qu’on nous apprend dès le bas âge entant qu’africain. A l’image de son frère, on colle déjà une idée de destruction et de division. On a plus confiance en son voisin, il est plus considéré comme l’ultime ennemi qui peut nous nuire en n’importe quelle circonstance de la vie. A chaque tribu, on colle une image horrible.

La dimension économique : c’est le stade d’opposition, on est prêt à tuer pour sauvegarder ses intérêts. Le voisin est un obstacle pour que j’accède à mes intérêts. Tout le monde est en quête des richesses, des revendications des terrains ici et là, qui ruinent les tissus de la société. 
La dimension politique : ici dans son voisin, on voit l’image de cet ennemi qui tue nos frères et nos sœurs ; nos mamans et nos papas, etc. c’est pourquoi, on est victime aujourd’hui des révoltes des communautés contre l’incapacité du gouvernement au Congo en créant des groupes armés qui ont des images comme le Rwanda avec le M23, L’Ouganda avec les ADF, Les miliciens Kamwenansapu au Kasaï, au Burundi Imbonerakure. Donc, la présence du voisin sur son terrain est un danger énorme de telle sorte que la morphologie est observée avant de discuter avec le voisin.Pour sortir de ces préjugés qui nous empêchent d’aimer, de travailler ensemble, de partager et de protéger les biens de son voisin pour créer une région des grands lacs meilleure, l’orateur nous propose de retrouver les valeurs fondamentales comme :

  • La fraternisation ;
  • L’empathie ;
  • La rationalité ;
  • Le sens du pardon ;
  • La solidarité ;
  • La conscience ; et

L’altruismeTout ceci, pour qu’on soit en mesure de considérer son voisin comme un autre moi-même, qui permettra que nous puissions travailler main dans la main.
 
La renaissance africaine : construire l’indépendance dans la fraternité

Dans le beau cadre spatial de l’université libre des pays des Grands Lacs, Innocent Mpoze chercheur à l’université alternative et membre de la plate-forme Jamaa Grands Lacs, a animé une conférence-débat transfrontalière entre les jeunes du Rwanda et de la RDC sur le thème : Construire l’indépendance dans la fraternité : Défi majeur pour la renaissance africaine. Organisé par le cercle Jamaa Grands Lacs en collaboration avec l’Université alternative et le programme d’Accompagnement des Etudiants (PAE), cette rencontre a réuni 40 jeunes venus de Gisenyi et Goma le 16 Janvier 2018.
En plantant le décor de la conférence, l’orateur a exprimé sa gratitude aux penseurs de la renaissance africaine, notamment Cheikh Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo, Théophile Obenga, Kwame Nkrumah, Emmanuel Kabongo Malu, Olivier Sangi Lutondo et  Kä Mana. Il a ensuite montré comment la nécessité de la construction d’une indépendance dans la fraternité est un défi majeur pour la renaissance africaine. Dans nos nations africaines dont les initiatives de dépassement de petits espaces nationaux en une grande ambition panafricaine ont toujours échoué, il est impératif de comprendre que l’indépendance africaine sera continentale ou ne le sera pas. Cela exige de lutter contre les pathologies dont souffre notre continent, à savoir :
l’absence d’utopies des grandeurs pour l’Afrique actuelle ;
un faible taux des réseaux de pensées à la hauteur des défis de l’Afrique ;
la culture de facilité et les divisions absurdes qui érigent domicile dans le champ des jeunes africains ;
les mythes des diplômes et papiers universitaires qui fabriquent des universitaires sans consistance et sans la connaissance directe dont parle Cheikh Anta Diop ;
L’implosion et la démission sociale. Cela dit, l’orateur eut à soumettre à la discussion quelques propositions :
Sur le plan politiqueLe paradigme politique d’une « éthique de la donation de soi » en vue du renforcement de la cohésion sociale et de la redistribution équitable des richesses nationales et vaincre avec l’idolatrie du pouvoir. Ce nouveau leadership politique de la donation de soi implique une haute exigence de réappropriation des savoirs pluridisciplinaires dans des institutions scolaires et universitaires d’où jaillira une nouvelle « génération des élites africaines », dont la mission primordiale consistera à ériger un État-puissance dont la mission sera d’être unificateur et intégrateur.
Sur le plan scientifique :L’urgence d’inventer des récits structurants car la puissance de tout peuple réside en dés récits qui structurent son être au monde. D’où l’appel qu’il a lancé pour l’émergence des think tanks à travers le contient, pour la production d’une œuvre poétique monumentale en vue de l’exaltation du beau, pour bâtir des œuvres romanesques de grande envergure en vue de fixer le cap de l’Afrique nouvelle et en ouvrir les horizons en révolutionnant l’imaginaire collectif des jeunes africains.
Sur le plan socialL’urgence d’un choix public et social à prendre part au chantier de la nouvelle renaissance qui passe par un renouvellement emblématique pour réellement mettre un terme à la double déconnexion dont parle Ndongo Samba Sylla : celle entre les citoyens et les « représentants » et celle entre l’économie et la société – entre ce que le Capital veut et ce à quoi les peuples aspirent. Il s’agit là de refuser l’idéologie marchande de l’ordre néolibérale qui nous a fait que croire au particularisme (qui nourrit en nous un caractère exagéré du népotisme) et au matérialisme exagéré (homo homini lupus).
Pour conclure le débat, le jeune Innocent Mpoze a formulé le vœu de voir Jamaa Grands Lacs devenir le brasseur et porteur de cette indépendance fraternelle pour une Afrique unie et qui se construit un être-ensemble, un agir-ensemble fort, solide et solidifiant car c’est à ce prix que toutes ces révolutions seront possibles.

     L’entreprenariat, une affaire pour les jeunes aujourd’hui

Sur l’entreprenariat des jeunes, M.Platini Mabela, un jeune consultant formé à l’université alternative en même temps qu’il faisait ses études supérieures à l’Institut de développement à Goma (ISTAD), a animé la séance du 20 janvier 2018. Devant plus de soixante-dix participants   au rendez-vous du samedi après-midi, M. Platini Mabela a centré sa réflexion sur l’urgence du changement de paradigme dans l’approche de l’entreprenariat des jeunes aujourd’hui. A ses yeux, le temps est venu de sortir d’une vision purement théorique, financière et économique du problème de l’entreprenariat en vue d’engager une approche globale à visée pragmatique, qui se nourrit des recherches universitaires sérieuses et profondes, dont les axes centraux soient le développement de l’imagination créatrice, de l’innovation permanente et du sens de l’organisation assumée par les jeunes eux-mêmes comme acteurs du changement.
L’important, selon l’orateur, c’est la capacité des jeunes à maîtriser ce paradigme nouveau et de l’incarner dans des projets individuels et communautaires. Pour montrer la ligne globale et pragmatique qu’il propose, M. Platini Mabela a projeté pour l’auditoire une vidéo sur le duel entre deux géants de l’entreprenariat aujourd’hui : Bill Gates et Steve Jobs. Ces géants ont révolutionné le domaine de l’informatique non pas en restant à l’intérieur des universités, mais en se servant des savoirs offerts par celles-ci comme trempe de lancement des innovations concrètes hors des temples universitaires perçus comme pourvoyeurs d’emplois. Grâce à une volonté vigoureuse de transformer le monde, grâce aux qualités de vision, d’ambition, de lutte ou de coopération qui ont orienté autrement le monde de l’informatique et du management des entreprises, Gates et Jobs ont créé un nouvel univers de vie pour toute la terre.
Pour les jeunes congolais aujourd’hui, il y a urgence de se lancer dans une dynamique d’entrepreneuriat qui s’inspire des grandes réussites des entrepreneurs comme Bill Gates et Steve Jobs,en les repensant à l’intérieur de grandes possibilités qu’offrent le présent et l’avenir de notre pays pour les jeunes qui ont tout à y construire. Il convient pour cela de bien connaitre le contexte mondial et le contexte national de l’entreprenariat aujourd’hui. En même temps, il faut savoir s’organiser pour agir en fonction des réalités à maîtriser et des possibilités à ouvrir. L’entrepreneur dont nos sociétés ont besoin au Congo, c’est une personne dont l’intelligence stratégique épouse les attentes de la société et les ambitions de changement pour un autre monde possible.
Au bout de cette conférence destinée à tracer le cadre de l’action entrepreneuriale pour les jeunes congolais du point de vue de l’imagination créatrice, M. Mabela a interpelé profondément les participants à la séance du samedi à l’université alternative pour que les priorités des jeunes s’orientent plus vers l’économie que vers l’agitation politique qui ne mènent nulle part dans les organisations des jeunes congolais, faute de stratégie. La stratégie serait de réinventer l’économie pour réorienter la politique comme cadre de construction du Congo nouveau sur la base des initiatives entrepreneuriales qui incarnent les valeurs de réussite individuelle et collective. Au fond, le Congo nouveau sera bâti plus par des jeunes qui impulsent des idées, des initiatives et des projets du changement inspirés les exigences d’une économie politique fondées sur les valeurs de l’entreprenariat que par une jeunesse qui se complaisent dans une action politique sans assises économiques et financières.  
       Un débat très fructueux sur les possibilités d’entreprenariat des jeunes à Goma, dans le Kivu et dans tout le Congo s’est engagé entre les jeunes sur les choix à faire pour l’avenir. Ce débat à conduit à un nouveau rendez-vous, samedi suivant, sur ce que les jeunes ont déjà entrepris effectivement pour en faire le point de départ d’une dynamique de changement en profondeur dans l’engagement des mouvements des jeunes dans la transformation sociale.
 
Les jeunes dans le champ de la création des entreprises
            Une semaine après la rencontre autour de Platini Mabela, la séance hebdomadaire de l’université alternative s’est concentrée sur les expériences des jeunes de Goma dans la création d’entreprises. Sous la modération de M. Innocent Mpoze, jeune chercheur dans l’équipe pédagogique mise sur pied par le professeur Kä Mana,  cette séance a été moins celle d’une conférence magistrale que celle des témoignages pratiques sur les réussites et les échecs de jeunes dans leur pratique entrepreneuriale.
4 jeunes ont tenu a partagé leurs projets et leurs rêves avec un auditoire d’une quantaine de participants intéressés par la question de l’entreprenariat.
            Elcarrene Nicolas a présenté son expérience de créateur d’entreprise sur la base de sa volonté inébranlable de réussir. Il a montré comment, avec des amis, il a choisi de se concentrer sur les domaines où les jeunes peuvent exceller à Goma aujourd’hui : l’imprimerie, la mise en réseau des actions des jeunes et la recherche des opportunités qui s’offrent dans un monde complexe où le potentiel de création d’emplois est pratiquement infini. Il a affirmé qu’il n’a pas encore des résultats spectaculaires à montrer, mais qu’il donne rendez-vous aux autres jeunes pour qu’ils voient dans cinq ans ce que ses efforts auront fourni comme résultat.
            Arsène Sakali a présenté l’entreprise qu’il a créée avec ses amis dans le domaine de la technologie où il compte offrir à la ville de Goma des services utiles à la fois dans l’informatique, dans la construction et dans les métiers de réparation des appareils électroniques. Il a indiqué comment, après ses études à l’Université libre des pays des Grands Lacs, il a été conduit à appliquer un schéma de création de son entreprise qu’il a proposé comme schéma utile à tous les jeunes : avoir une idée, avoir foi en soi-même, former une équipe, forger des stratégies d’action commune, dynamiser la volonté de réussir et travailler et travailler sans relâche, dans la conviction que des efforts que l’on déploie jaillira une force de changement dans la création des richesses utiles pour soi-même et pour toute la société.
            Un autre jeune, Arsène Ntamusige a offert aux autres jeunes ses propres idées sur l’entreprise qu’il porte en lui encore dans le domaine de l’agroalimentaire, sur la base de ses recherches sur la farine améliorée et les immenses possibilités de transformation du manioc en multiples produits nouveaux allant du vin, biscuits et amuse-gueulesaux produits pharmaceutiques novateurs.
            Ndibu Songue, de l’association Vaillants Nègres, à clôturé la série des témoignages en présentant son projet d’enseignement de l’Afrique aux jeunes, dans le cadre des cafés philosophiques et des ateliers d’animation et de rencontre.
            Toutes ces initiatives montrent que les idées ne manquent pas aux jeunes. Ce qui manque, c’est un cadre pour les discuter et les partager avec d’autres jeunes en vue de créer une grande dynamique de créativitéet d’organisation pour réussir. Beaucoup de jeunes espèrent que l’université alternative pourra constituer un tel cadre.

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