Une Rwandaise à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie

A l’occasion du  XVIIe Sommet de la Francophonie à Erevan, en Arménie, l’organisation Internationale de la Francophonie a nommé le vendredi 12 Octobre 2018 Madame Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie en remplacement de la canadienne Michaëlle Jean. Agée de 57 ans, Ministre de l'Information puis des Affaires étrangères du Rwanda de 2009 à 2018, Louise Mushikiwabo va assurer le secrétariat de l’OIF pendant quatre ans. Elle est la première femme africaine à occuper ce poste.
Créé en 1970, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) est une institution composée de 54 membres (États ou gouvernements) ayant droit de vote. Ils ont en commun la langue française et certaines valeurs à savoir la diversité culturelle, la paix, la gouvernance démocratique, la consolidation de l'État de droit, la protection de l'environnement, la défense des droits humains, etc.
Le Rwanda en quête de positionnement
Nombreuses critiques ont suivi cette nomination de Louise Mushikiwabo à la tête de la francophonie. Si on leur prête foi, le Rwanda n’est pas un bon exemple dans la défense des droits fondamentaux de ses citoyens et dans la défense de la langue française d’autant plus que celle-ci avait été remplacée par l’Anglais comme langue d’enseignement dans les écoles au Rwanda.
Cette nomination n’est pas un fruit du hasard. Elle a été précédée par une forte diplomatie jouée par le Rwanda. Celui-ci a d’abord obtenu le soutien du Président Français Emmanuel Macron, ensuite celui de l’Union Africaine qui est pour le moment présidée par Paul Kagame. Actuellement on voit clairement que le Rwanda fournit beaucoup d’efforts pour porter un certain leadership au niveau de l’Afrique. A cela s’ajoute une quête de positionnement dans les instances de décision; la nomination de Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie en est une preuve.
Les intérêts qui remettent en cause les identités des institutions
Depuis le génocide en 1994 au Rwanda, les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda ont été tendues. D’aucuns se demandent quelle serait la motivation d’Emmanuel Macron pour soutenir la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo. Serait-ce pour rétablir les relations entre les deux pays ?  Toutefois, la Francophonie reste un instrument pour la protection des intérêts de la France. Certains observateurs pensent que la France voudrait rétablir ses relations avec le Rwanda pour reprendre sa place dans la région des Grands Lacs où déjà le Rwanda exerce une influence considérable.
Malgré les critiques à la candidature de la Rwandaise au Secrétariat Général de la Francophonie, Emmanuel Macron a privilégié d’abord les intérêts de la France. Cela montre que dans le jeu politique ce sont les intérêts qui comptent avant tout. La libération de Jean Pierre Bemba, il y a quelques mois, est un autre événement qui a prouvé que les intérêts politiques peuvent l’emporter sur les valeurs d’une institution. Les pays africains devraient savoir cela, et le Rwanda est en train de montrer qu’il a une diplomatie qui peut jouer en sa faveur.
 
Pour Pole Institute
Romuald Adili
Chercheur

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