Kä Mana publie : L’homme congolais et la culture de l’intelligence

Date de publication: 
Février 2016

Kä Mana publie : L’homme congolais et la culture de l’intelligence

Par Tshiunza Mbiye

Le projet de promouvoir une culture de l’intelligence en République Démocratique du Congo traverse de part en part les réflexions qui sont rassemblées dans le précieux nouveau livre du professeur Kä Mana. : L’homme congolais et la culture de l’intelligence, Pour une société du savoir, de la recherche et du savoir-faire (Goma, Pole Institute, 2016). On y trouve à la fois le souci de créer une nouvelle conscience de vie chez les jeunes Congolais et une volonté de tracer pour les générations montantes la voie d’une révolution du savoir et du savoir-faire dont notre pays a besoin pour s’affirmer comme une nation du génie créateur dans le monde actuel, en vue de construire avec détermination un avenir riche et lumineux. Ce qui est proposé et qui fait tout l’intérêt de l’ouvrage, ce sont des balises fortes dans le champ des transformations à engager en profondeur pour la création d’une nouvelle société congolaise. De la religion à la politique, de l’économie à la culture, de la société civile à l’éducation et aux dynamiques de l’imaginaire, de l’émergence du pouvoir financier des femmes à la promotion des valeurs du « Genre », ces balises couvrent un vaste panorama des problèmes qui ont besoin d’être abordés aujourd’hui pour proposer à notre pays des orientations indispensables à la réussite de ses ambitions.
Nous connaissons tous ces problèmes au Congo. Ils constituent notre lot commun et notre cadre de vie : « le champ de nos malheurs et de nos souffrances ». Il est cependant étonnant que nous cherchions à sortir de leurs filets sans que nous saisissions la logique de fond qui les relie les uns aux autres et les impose comme un ensemble cohérent à affronter dans une vision globale des choses. Il devient alors impossible d’en éclairer les éléments en vue des pratiques de transformation sociale fondée sur le génie de l’intelligence et la créativité de l’homme congolais.
Le philosophe Kä Mana, qui les analyse ici, est animé par une conviction ferme : il sait que nous, citoyennes et citoyens du Congo, nous sommes capables de résoudre tous les problèmes de notre pays, à condition que nous sachions quels sont les vrais problèmes de notre pays dans leurs tenants et leurs aboutissants.
Il tisse la toile de ces tenants et ces aboutissants en mettant en lumière les dimensions de fond qu’il convient de creuser avec clairvoyance. Il le fait à partir des zones de surface qu’il faut baliser comme un chemin qui conduit, écrit-il, « au fond des réalités décisives de notre destinée dans ce qu’elle exige comme volonté, comme détermination, comme force de résilience et comme choix de réussir l’avenir de la part de chaque Congolaise et de chaque Congolais. »
A ses yeux, le fond de nos problèmes au Congo, c’est l’homme congolais : les Congolaises et les Congolais dans leur être et dans leur vision du monde. Toute l’analyse qu’il fait « de nos souffrances et de nos malheurs » conduit à ce noyau dont il a su mettre en lumière les reliefs les plus significatifs, en vue de donner à comprendre à chaque citoyen et à chaque citoyenne de notre pays où sont les vrais nœuds à dénouer clairement pour que notre avenir commun brille de toutes ses lumières.

Chaque dimension de nos problèmes qui sont analysés ici n’a de sens qu’en tant que point de vue sur la question de l’homme congolais, une question que nous avions abordée ensemble, Kä Mana et moi, dans une publication antérieure (1) dont il prolonge et enrichit la portée philosophique et l’ampleur anthropologique ici. A bon escient, il reprend avec force certaines analyses économiques, financières et monétaires que j’ai déployées pour donner à sa philosophie des points d’ancrage concrets dans la vie de tous les jours. Cela conduit à proposer des orientations fructueuses qui confèrent à ce livre une force de vision et un souci d’action particulièrement fertiles. Notamment : le développement du sens économique et l’urgence pour les Congolais de s’atteler à produire de grandes richesses et à faire de la production de l’argent un instrument au service de l’épanouissement individuel et collectif, grâce à l’énergie de puissants entrepreneurs et de géniaux capitaines d’industries capables de créer des trusts solides à l’échelle mondiale.

Dans ces orientations, l’auteur se concentre sur l’urgence des rationalités communautaires et des actions collectives dont le « nouvel homme congolais » devra faire le ferment d’une société intelligente. Cette société, il la définit comme une dynamique d’ensemble « capable d’inventer des logiques, des stratégies et des moyens à la hauteur des préoccupations auxquelles le Congo fait face. » Dans le monde actuel, c’est la puissance de cette intelligence sociale qui fait la différence entre les nations.
Il faut créer les conditions de cette intelligence dans notre société. On verra dans ce livre que cela exige une forte lucidité et un solide sens de vérité sur nous-mêmes partout en RD Congo, « sans pessimisme ni fatalisme ». Cela exige également une immense foi en nos capacités de créativité et de changement dans notre être et dans notre vision du monde, par la force d’un optimisme créatif qui parle vrai pour agir de manière à transformer ce qu’il faut transformer dans l’homme congolais actuel et dans la société congolaise pour que « le Congo devienne un pays fiable et sérieux ».
C’est un impératif pour les jeunes générations « d’imaginer et de construire ce Congo de l’intelligence, du savoir, du savoir-faire, de la créativité pratique et des rationalités du changement concret ici et maintenant. » Leur avenir dépend de leur capacité « à faire rayonner » ce Congo qu’elles veulent et le futur qu’elles devront bâtir.
Les balises posées dans ce livre sont utiles, tout comme la voie proposée qu’il conviendra de choisir pour que notre pays devienne ce qu’il est appelé à être : « une nation de tous les possibles, un pays de toutes les espérances. »
Sommes-nous capables de cela dans notre société aujourd’hui ? Je n’en doute pas un seul instant. Vous n’en douterez pas non plus vous-même, quand vous aurez lu attentivement ce livre de Kä Mana. Sa lecture convainc et stimule l’imagination et l’esprit pour l’action. On y plonge comme dans une source d’enrichissement pour la construction d’un nouveau Congo. La clairvoyance de l’auteur, son énergie critique, sa liberté de pensée, sa lucidité dans l’analyse, sa passion pour l’invention des solutions vraies, sa verve pour aiguiser les consciences et même certaines de ses exagérations parfois caricaturales sont porteuses d’un sens pour un engagement ferme dans la transformation sociale à laquelle il appelle les Congolaises et les Congolais. Particulièrement : les jeunes générations dont le Congo est le véritable horizon d’avenir, « la grande voie de vie et de plénitude existentielle », écrit-il.
J’espère que son appel sera entendu et que sa parole portera des fruits du changement et des fleurs d’une vie meilleure en République Démocratique du Congo, notre pays.
Tshiunza Mbiye
Professeur émérite à l’Université de Kinshasa
Notes
(1) Tshiunza Mbiye et Kä Mana, « Le nouvel homme congolais », Kinshasa, Editions du Cerdaf, 2014.

Categorie du Livre Publié: 
Dossiers

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