Appel à contributions – Regards croisés 45

Appel à contributions

Thème : « Ensemencement des discours de haine dans un environnement pluriculturel : quel destin pour la région des Grands Lacs Africains »

Les pays de la région des Grands Lacs africains disposent d’une diversité culturelle, linguistique, ethnique et religieuse enviante. Au fil du temps, cette diversité a principalement été à la fois une source de la vitalité sociale mais, aussi, malheureusement une fontaine de diverses instrumentalisations socio-politiques. Ces dernières ont généralement présidé à la persistance des conflits violents qui continuent d’endeuiller la région jusqu’à nos jours. En effet, quelques éléments marquant l’histoire de la région, notamment le génocide au Rwanda en 1994 et le retour éternel des conflits armés dans la partie orientale en République démocratique du Congo, montre comment la définition identitaire, mieux une rhétorique identitaire d’exclusion, peut être mobilisée pour nier l’humanité et/ou annihiler l’identité d’autres peuples.

Les trois dernières décennies, la région a connu des épisodes sombres ayant conduit à des rivalités sérieuses entre ses États. Au-delà des affrontements étatiques, les rivalités ont muté, chemin faisant, vers des identités traumatiques qui, paraissent aujourd’hui difficile à guérir. Suite à des manipulations politico-identitaires, les peuples de la région se haïssent selon qu’ils s’estiment différents les uns des autres à la suite de leurs différentes langues respectives, leurs religions, leurs professions, leurs appartenances géographiques. Même au niveau interne des États de la région, les peuples d’un seul pays comme la République démocratique du Congo par exemple se définissent suivant une approche exclusioniste basée sur les aires géographiques, les appartenances linguistiques, etc. Dans une pareille atmosphère, la diversité culturelle, mieux la coexistence pacifique entre différents groupes ethniques, paraît non seulement utopique mais bien plus la base de plusieurs tensions interethniques et de fragmentation territoriale.

Par ailleurs, avec l’essor remarquable des médias sociaux, où les informations circulent au rythme du vent, l’espace socio-politique s’est profondément modifié dans la région. Des messages toxiques, porteurs des charges politico-ethniques de division, circulent au quotidien. Du Burundi à l’Ouganda en passant par le Rwanda et la RDC, des discours discriminatoires embrasent toute la région. Bien que les transformations technologiques de la communication participent aussi à l’apparition des plusieurs mouvements de transformation sociale, ils servent cependant comme des canaux de diffusion, au premier plan, des récits complotistes, des manipulations diverses, des discours de haine, des propos négateurs et exclusionistes…

L’on en arrive ainsi à se demander ce que sera la région des Grands Lacs africains dans le futur. À quel destin l’ensemencement des discours de haine prédestine-t-il la région des Grands Lacs qui, du reste, a plus à gagner de la diversité culturelle de ses habitants ? Les élites, toutes catégories confondues, ont-elles une idée du poids que pèse cet ensemencement sur le devenir de cette région longtemps meurtrie par des divisions absurdes ? Au-delà des expressions offensantes et une menace criante de la dignité humaine, l’on sait que le grand danger d’un tel ensemencement est la fracturation identitaire déforçante et le refus du bonheur partagé. Dans cette perspective et, à la suite de Jeremy Waldron, les discours de haine compromettent le bien commun de l’inclusion et érodent l’acception garantissant que « les minorités visibles » ont aussi droit de jouissance des droits défendus par les valeurs démocratiques dont la liberté d’expression, la liberté des mouvements, la reconnaissance de leur humanité, l’appartenance territoriale…[1] L’on craint qu’à l’avenir, il ne se produise une société violente à travers des réactivations permanentes de traumatismes historiques.

Ce numéro 45 de la Revue Regards Croisés de Pole Institute (Institut interculturel dans la région des Grands Lacs) se propose d’analyser de façon critique la diffusion ainsi que les conséquences du véhicule non-finissant des discours de haine dans la région des Grands Lacs. Les chercheurs intéressés, chacun selon sa discipline et son champ d’expertise, répondront principalement aux préoccupations suivantes : comment l’ensemencement des discours de haine dans une société multiculturelle et post-conflit affecte-i-il les perspectives du vivre-ensemble et de coexistence pacifique, la consolidation démocratique ainsi que l’intégration

régionale des pays des Grands Lacs africains ? À quel niveau convient-il de situer la frontière entre une critique socio-politique légitime et des rhétoriques discriminatoires ? Dans le contexte courant de la globalisation, comment les récits partagés à travers les médias sociaux interagissent-ils avec les griefs locaux et les mémoires historiques et, ainsi fragiliser le vivre-ensemble ? Comment les discours de haine anéantissent-ils le symbolique travail des Organisations de la société civile et des institutions publiques sur la consolidation de la paix et la cohabitation pacifique dans la région des Grands Lacs africains ? Quelle voie politique, culturelle, artistique, sociale permettra-t-elle de vaincre les discours exclusionistes dans la région des Grands Lacs ? À quelles conditions les approches du dialogue sont-elles à mesure de renforcer la résilience face aux rhétoriques et propos divisionnistes ? Comment envisager l’évolution des NTIC dans la région face à la menace permanente des discours de haine ?

Les chercheurs et praticiens intéressés par la thématique et les questions soulevées sont priés de partager leurs projets d’articles (version électronique-Times New Roman) de 12 à 15 pages (Interligne : 1,5) aux adresses suivantes : [email protected] ou  [email protected], avant le 15 Avril 2026. En cas d’approbation du manuscrit, le Comité de lecture se réserve le droit de faire des modifications mineures portant sur la forme, mais aucun changement de fond ne sera effectué sans consultation préalable de l’auteur.

Pour la Revue Regards croisés

Prof. Nene Morisho Mwana Biningo

[1] Voir Jeremy Waldron, The Harm in Hate Speech. Massachusetts, Harvard University Press, 2012.