HYDROCARBURES DANS LE RIFT ALBERTINE : OPPORTUNITES DE DEVELOPPEMENT OU RISQUES D’INSTABILITE ? Promouvoir la coopération et la stabilité régionale grâce aux ressources transfrontalières

Date de publication: 
Janvier 2014

L’Afrique qui était considérée par les compagnies « majors » comme une des dernières réserves à exploiter est devenue au cours de la dernière décennie, l’objet d’un regain d’intérêt pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Cette tendance est renforcée par les perspectives d’une raréfaction progressive des hydrocarbures et la croissance des besoins, portée par une demande croissante en énergie des pays émergents, en particulier l’Inde, la Chine, et d’autres. Cette dynamique fait de l’Afrique une des dernières frontières de la recherche d’hydrocarbures. Comme par miracle, des découvertes se succèdent, alors que le pétrolé était perçu, il n’y a pas longtemps comme une ressource plutôt rare en Afrique subsaharienne. Paradoxalement, il est découvert un peu partout, de l’Angola à la Guinée Bissau, puis sur toute la côte occidentale, notamment au Ghana, en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays. Et puis pour l’Afrique de l’Est, non seulement l’intérêt est porté sur le pétrole offshore de l’océan indien (Mozambique, Tanzanie), mais aussi à l’intérieur du continent dans les structures géologiques formées par les grabens Est-africains (Ethiopie, Kenya, Frontière RD Congo- Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie) et même un peu plus au sud dans le prolongement du rift valley Est-africain dans le lac Malawi. Depuis le début des années 2000, l'intérêt se focalisait sur les pays de l'Afrique occidentale et centrale autour du Golfe de Guinée comme nouvelle source de pétrole pour l'Amérique du Nord, plus sûr et plus proche que le Moyen-Orient. De nouveaux pays producteurs comme l'Angola et la Guinée Équatoriale rejoignirent les producteurs déjà bien établis comme le Nigéria, le Gabon ou le Congo-Brazzaville. Plus à l'intérieur du continent, le Tchad devenait aussi un pays producteur. À partir de 2006, et spécialement depuis 2010, l'Afrique orientale a de plus en plus capté l'attention des majors pétroliers mondiaux, parallèlement à la montée de l'Asie comme source principale de demande anticipée, prenant le dessus sur l'Amérique. Du Soudan jusqu'au Mozambique, des découvertes inédites ont attiré les investisseurs et les spéculateurs. De manière encore plus spectaculaire, mais sans nécessairement la suite rapide espérée initialement, la découverte des réserves de pétrole énormes en Ouganda à partir de 2006 – la plus grande découverte sous le sol africain depuis une génération - a fait de la région des Grands Lacs Africains une zone prometteuse de premier plan, du Lac Turkana à la frontière kenya-éthiopienne jusqu'au lac Malawi, à la frontière entre la Tanzanie et le Malawi. Depuis, cette zone du Rift valley africain est devenue la véritable «frontière » de l'exploration pétrolière et gazière en Afrique. Mais en même temps ces zones font face à des conflits et à l'instabilité chronique avec des défaillances considérables en infrastructures et, pour certaines parties, marquées une contrainte sévère d’enclavement, loin des ports d'exportation. Aujourd'hui il ne reste plus de région en Afrique qui soit en dehors des intérêts pétroliers. Comme au 19ème siècle, lorsque les explorateurs colonialistes européens cherchaient à découvrir chaque coin perdu du « continent noir » pour préparer la conquête impériale, au 21ème siècle les explorateurs pétroliers se ruent sur chaque nouveau « bloc » offert par des gouvernements africains désireux de valoriser leur « or noir », pressés de profiter au plus vite de la manne pétrolière. Les similitudes entre la vision colonialiste d'une Afrique riche et mystérieuse dont la conquête assurerait la domination impériale et les calculs affairistes autour des nappes pétrolières pharaoniques, dont le contrôle assurerait la domination du marché a été relevé, surtout par les analystes du secteur pétrolier[1]. Le mythe de la richesse instantanée que procurerait la découverte du pétrole s'avère très tenace, des populations jusqu'aux cercles gouvernementaux. Le 2 juillet 2010, l'accident d'un camion-citerne dans la ville congolaise de Sange, sur la route montagneuse entre Bukavu et Uvira au Sud-Kivu, suffisait d'attirer des centaines de villageois cherchant à récupérer le précieux liquide s'échappant du véhicule, provoquant une déflagration qui tua 242 personnes. Presque au même moment, des compagnies obscures étaient en train de payer des millions de dollars en bonus au gouvernement congolais pour des droits d'exploration pétroliers sans la capacité démontrée de le faire, uniquement à des buts spéculatifs. Selon une étude récente, un contrat d'exploration est signé quelque part en Afrique tous les 4 jours, et plus de 2200 blocs seraient encore en attente d'une procédure de licence[2]. Ces nouvelles découvertes et les anciennes ont mis l’Afrique de l'Est en ébullition. Les conflits latents ou plus ou moins ouverts liés au pétrole sont déjà légion. Le Sud-Soudan se trouve en guerre larvée avec le Soudan depuis son accession à l'indépendance en 2011. Avec la sécession du sud Soudan, le Soudan perdait l'essentiel de ses puits de pétrole, mais gardait la mainmise sur l'unique pipeline d'exportation, qui aboutit à Port-Soudan sur le Mer Rouge, pour le pétrole nouvellement sud-soudanais – un outil de pression dont le régime de Khartoum n'a pas hésité de faire usage contre les nouvelles autorités de Juba. La frontière entre le Soudan et le Sud-Soudan est mal définie et des zones pétrolières importantes sont litigieuses entre les deux États. Plus au sud, le « triangle d'Ilemi », disputé entre le Sud-Soudan, le Kenya et l'Éthiopie, se trouve au milieu d’une région pétrolière. Aucune réserve de pétrole n'y a encore été trouvée, mais le Kenya l'inclut dans ses blocs pétroliers. Le Sud-Soudan est désireux de construire un pipeline d'exportation à travers le Kenya jusqu'au port de Lamu sur l'Océan Indien, pour s’affarnchir de sa dépendance envers le Soudan, créant une situation d’hégémonie pour le Kenya. Plus au Nord-Est, des zones de prospection pétrolière importantes en Éthiopie se trouvent dans la région d'Ogaden revendiquée comme somalienne par des populations de la Somalie et autour de laquelle les deux pays se sont déjà fait la guerre. En Somalie même, le gouvernement central, toujours faible, se dispute avec des gouvernements sécessionnistes (comme le Somaliland) ou autonomistes (comme le Puntland), le droit de signer des contrats pétroliers. Egalement, la frontière maritime entre le Kenya et la Somalie, se trouvant dans une zone pétrolière potentiellement prometteuse, fait aussi l’objet de litiges entre les deux pays. Plus au sud, l'Ouganda et la RDC se disputent périodiquement leurs frontières aquatiques sur le lac Albert sous lequel se trouve l'essentiel des réserves ougandaises de pétrole. Et encore plus au sud, la Tanzanie et le Malawi sont en conflit autour du tracé de la frontière maritime sur le lac Malawi, potentiellement riche en pétrole. Comme les Etats de la région connaissent des avancées différentielles de développement de leurs ressources pétrolières, ils n'arriveront pas à devenir producteurs de pétrole, tous au même moment. Un développement inégal et décalé du pétrole dans l'Afrique de l'Est pourrait faire basculer les rapports de force entre les États et pourrait avoir des effets majeurs sur la politique de la région. Cette étude se propose de faire le point sur l’état des recherches et de l’exploitation pétrolières et gazières dans la région autour du rift albertine, analyse les politiques des pays concernés dans ce domaine, si possible en tire les leçons à retenir et les erreurs à éviter. Elle examine également le potentiel de développement que recèle l’exploitation du pétrole, ainsi que les mécanismes de coopération mis en place par les Etats et organisations régionales et internationales pour la gestion commune de ces ressources transfrontalières et les enjeux autour de ces ressources. Pour finir, l’étude examine les opportunités et les risques associés à l'exploration pétrolière et gazière dans le Rift albertine, la région des Grands Lacs africains suscitant le plus d'intérêt depuis la découverte de réserves importantes en Ouganda en 2006. La particularité de cette région est que toutes les réserves de pétrole et de gaz, connues et présumées, se trouvent à cheval des frontières de la RDC avec ses voisins de l’Est, à savoir l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie. Ce phénomène ouvre des possibilités inédites de coopération transfrontalière, mais comporte aussi des risques majeurs de conflits transfrontaliers, si des stratégies préventives ne sont pas initiées par les parties prenantes et leurs partenaires pour les juguler

PDF File: 
Categorie du Livre Publié: 
Dossiers

Ajouter un commentaire

Abonnement aux Newsletters

Abonnez-vous avec votre adresse E-mail pour être averti des nouveaux articles publiés.

Go to top